«Nos parlementaires ont perdu la boussole.» Le coup de gueule en bonne et due forme passé par le directeur général du groupe Safran n’est pas sans rappeler celui du PDG d’Airbus de janvier 2025, rappellent Les Echos. A l’époque, Guillaume Faury mettait en garde lors des vœux du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) : «Ne faisons pas à l'aéronautique française ce qu'on a fait à l'automobile.» Un an plus tard, l’alerte est la même, toujours liée au flou budgétaire. Mais cette fois-ci, le secteur s’inquiète encore plus.

Pourtant, le patron de Safran s’est félicité de «l'exceptionnelle résilience» de l'aéronautique française, avec une activité qui a encore «de 10% à 15%». Un dynamisme qui a permis de recruter «entre 25 000 à 30 000 personnes», a rappelé Olivier Andriès, tout nouveau président du Gifas. Mais la menace est là à cause des nombreux prélèvements fiscaux auxquels la filière est exposée. Olivier Andriès a d’abord souligné lors de ces vœux que l'industrie aéronautique française supportait les prélèvements fiscaux les plus importants en Europe.

«Un concours Lépine pour taxer plus et travailler moins»

«L'Etat et les collectivités locales prélèvent 12,5 milliards d'euros par an sur le secteur, pour un milliard d'euros d'aides publiques. C'est un beau taux de rentabilité», a-t-il alerté, non sans une pointe d’ironie, bien que le secteur soit le premier contributeur à la balance commerciale hexagonale. Alors que les débats parlementaires ont repris sur le budget 2026, de nombreux amendements visent à réduire les aides, rappellent Les Echos. Dans le même temps, d’autres veulent alourdir les prélèvements. Parmi eux, on peut citer la surtaxe sur les grandes entreprises retoquée au Sénat en fin d’année, mais qui pourrait être réintroduite.

La ministre des Comptes publics a d’ailleurs confirmé jeudi 8 janvier sur RTL qu’elle était favorable à un effort à hauteur «de six milliards d’euros». Pour l’aéronautique, cette surtaxe a coûté pas moins de 80 millions d’euros en 2025. Sont évoqués également une remise en cause de la baisse des impôts de production et la taxation des «super dividendes». De quoi agacer le président de Gifas, et directeur général de Safran : «C'est, tous les jours, un concours Lépine pour taxer plus et travailler moins. Ce n'est pas comme ça que nous allons nous en sortir».

Encourager l’investissement pour éviter les fuites à l’étranger

Selon Olivier Andriès, «pour créer de la richesse, il faut encourager l'investissement et non pas le décourager». D’autant que dans le même temps, le gouvernement pourrait être tenté de réduire l’enveloppe dédiée à la recherche aéronautique. Evoquant le «grand rendez-vous de 2030» Airbus et Boeing vont préparer les successeurs des A320 et B737, l’homme fort de Safran considère que «la filière française doit s'y préparer en investissant massivement sur les cinq prochaines années». Or, Emmanuel Macron s’y était engagé : «La moindre des choses, c'est que ces engagements soient tenus.»

Mais un autre point de crispation a été évoqué lors de ces vœux : la crainte d’une fuite à l’étranger d’une partie de l’activité aéronautique. Pourquoi ? Parce que les conditions d'application du crédit d'impôt recherche (CIR) pourraient être restreintes. Or, elle permet aux entreprises de déduire de leurs impôts une partie de leurs dépenses de recherche et développement. Olivier Andriès a rappelé que ce crédit d’impôt permettait «d'avoir une activité de R&D compétitive en France». Chez Safran, par exemple, 40% des effectifs sont déjà situés en dehors de l’Hexagone, notamment au Maroc. Un pays où les avantages (exonération d’impôts, salaires, électricité) sont nombreux, soulignent Les Echos.