Cela faisait trois ans que Plombières-les-Bains (Vosges) et ses commerçants attendaient les curistes. Pour cette petite ville de 1.700 habitants, la fermeture des thermes Napoléon et du spa Calodaé, principales attractions de la ville, est une catastrophe… qui a duré. Avec le Covid, les établissements thermaux français ont tous clos leurs portes en 2020, mais les ont rouvertes en 2021. Pas à Plombières-les-Bains, où la reprise de l’activité a été repoussée quatre fois. Les élus locaux reprochent au propriétaire, le groupe Avec, de ne pas avoir réalisé à temps des travaux de rénovation des canalisations exigés depuis plusieurs années, mais aussi de ne pas avoir réglé à la commune une facture d’eau et d'assainissement de 280000 euros, «un dixième de son budget de fonctionnement», selon la maire de Plombières-les-Bains, Lydie Barbaux.

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La société Avec assure qu’«après de longs travaux de modernisation de l’approvisionnement en eau, entièrement pris en charge par le groupe, les thermes ont rouvert en décembre». La mairie, elle, parle de «phase test» de quelques jours. Incompréhension ou manœuvre dilatoire? En tout cas, au mois d’octobre, le député de la circonscription Christophe Naegelen a interpellé le gouvernement au sujet de l’entreprise. Elisabeth Borne, la Première ministre en personne, a répondu, évoquant «un investisseur qui ne respecte ni ses engagements, ni les acteurs du territoire qui lui ont fait confiance, ni les salariés des thermes de Plombières», avant d’ajouter: «Nous connaissons ce type de pratiques et nous leur faisons la chasse.»

Des mots qui contrastent avec ceux du groupe Avec, dont le slogan est d’«aider le plus grand nombre à vivre en bonne santé, le plus longtemps possible», en accompagnant chaque année «1 million de personnes à chaque étape de leur vie». De la maternité à l’Ehpad et aux soins à domicile (dans une quarantaine de départements), en passant par des cliniques, hôtels, résidences de vacances ou thermes, Avec (anciennement Doctegestio et Amapa) exploite plus de 400 établissements différents et emploie 12.000 personnes.

Cet ensemble tentaculaire a été bâti en vingt ans grâce à une multitude de reprises de structures déficitaires, voire en liquidation judiciaire au tribunal de commerce. Le fondateur du groupe, Bernard Bensaid, a convaincu avec des arguments simples: la préservation des emplois assortie d’une mutualisation des moyens (RH, communication, achats…) et d’une numérisation (gestion des dossiers médicaux, prise de rendez-vous…) pour faire des économies.

Une campagne d’acquisitions qui a permis au groupe d’annoncer un chiffre d’affaires de 660 millions d’euros en 2021, multiplié par quatre en six ans, ce qui le positionne comme le plus petit des dix plus gros acteurs de la santé et de la dépendance, derrière Ramsay Santé, Korian, Elsan, Orpea et autres. Mais, avec un déficit de 24 millions pour la seule année 2021, le groupe cumule les pertes… et les démêlés, avec les élus locaux notamment.

«C’est une nébuleuse, on n’y comprend rien», glisse ce conseiller municipal qui se penche sur le fonctionnement du groupe depuis sa ville de Metz (Moselle) où Avec a un projet. Il résume ainsi l’opinion générale de tous ceux qui s’intéressent au groupe, à Plombières-les-Bains, à Metz ou ailleurs. Et les causes des nombreuses discordes sont variées. En premier lieu, le groupe se présente comme non lucratif et compte effectivement une quarantaine d’associations et de mutuelles, qui n’ont donc pas vocation à faire de profit.

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