
La nouvelle est tombée juste avant le week-end célébrant la fête des Mères : dans la lignée de ce qu’il a mis en place en avril, le groupe pétrolier français TotalEnergies prolonge ses ristournes à la pompe jusqu’à la fin du mois de juin, avec un litre d’essence affiché à 1,99 euro maximum, et celui de gazole à 2,25 euros. De quoi donner un peu d’air aux automobilistes français alors que les prix moyens des carburants à la pompe dépassent allègrement les deux euros le litre. Mais une bonne nouvelle pour certains ne l’est pas forcément pour les autres.
Car si le directeur marketing et services Europe de TotalEnergies, Guillaume Larroque, parle de «très grand succès» et d’une «hausse significative des ventes», pour les stations indépendantes, ce n’est pas la même histoire, explique BFM. Selon les chiffres de Mobilians, le syndicat professionnel des services à l'automobile, plus de quatre stations-service traditionnelles sur dix ont vu leur volume baisser en avril. Conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient et des tarifs élevés des carburants, qu’ils doivent vendre plus cher que la grande distribution ou TotalEnergies.
Jusqu’à 50% de baisses de ventes
C’est ce à quoi est confronté le gérant d’un garage qui fait également station-service dans la Drôme, du côté de Bourdeaux. «Un Leclerc, un TotalEnergies, qui a dix pompes alignées, il marge deux centimes sur le litre, fois dix pompes, toute la journée, ça fait un gros bénéfice», souligne Guillaume Tassié. Il déplore une baisse de 30% de ses ventes en un an, et même pire de 50% «au début de la crise» au Moyen-Orient. Déjà au déclenchement de la guerre, les stations-service indépendantes étaient en difficulté, 5% d’entre elles avaient dû arrêter temporairement la vente d’essence ou de gazole.
La faute à des prix trop élevés donc, mais indispensables à leur fonctionnement, ou à des difficultés de trésorerie, mettait en avant Mobilians. Rien qu’en 45 ans, leur nombre a littéralement chuté, passant de 41 500 à 10 800. Au début des années 1980, elles représentaient pourtant 86% de parts de marché. Selon BFM, entre 50 et 100 stations ferment tous les ans dans les zones rurales où les Français en ont parfois le plus besoin. Même si les stations de grandes surfaces se sont multipliées ces dernières années, le maillage territorial n’est pas si important.
De 41 500 à 1 500 stations d’ici dix ans ?
«Vous risquez d'avoir une distance d'accès au produit qui va s'allonger d'année en année et donc des zones blanches en termes d'approvisionnement de carburants», met en garde le président de Mobilians, Francis Pousse. Et ce même si TotalEnergies assure avoir ouvert «plus de 30 stations rurales» depuis deux ans. De son côté, Mobilians réclame toujours la mise en place du «fonds d'aide à la diversification» promis par l’Etat. Dans un contexte où TotalEnergies fait bénéficier «l’avantage carburants» avec un plafond au litre à 1,99 euro, quel que soit le carburant, à ses clients électricité et gaz, le groupe pourrait renouveler ses ristournes cet été. D’ici 2035, il pourrait n’y avoir plus que 1 500 stations indépendantes. Le temps presse.












