La guerre au Moyen-Orient pèse sur le moral des Français et, plus globalement, sur l’économie mondiale. Même si le scénario n’est pas encore envisagé à ce stade, le Fonds monétaire international (FMI) n’a, par exemple, pas exclu une récession généralisée en cas de conflit prolongé. En première ligne de cette crise : le pétrole, dont le cours ne cesse de fluctuer entre annonces fracassantes et réouvertures partielles ou temporaires du détroit d’Ormuz. Résultat : les prix des carburants sont au plus haut et les distributeurs sont en première ligne.

Parmi eux, les indépendants souffrent beaucoup plus, souligne La Tribune. Selon une enquête menée par Mobilians, l’organisation patronale qui défend les intérêts des entreprises de la distribution et des services de l’automobile, 5% des stations-service indépendantes ont déjà temporairement arrêté de vendre des carburants entre la fin mars et le début du mois d’avril. Sur un réseau de plus de 5 600 indépendants, seules 170 stations ont répondu à cette enquête. Toutefois, cela en dit long sur leurs difficultés.

7 fois moins de stations-service indépendantes en 45 ans

Quelles sont les causes principales ? Deux notamment : «Des niveaux de prix jugés trop élevés, incompatibles avec leur positionnement commercial et leur image auprès des clients», révèle d’abord Mobilians, puis «des difficultés de trésorerie, liées à l’augmentation du besoin en fonds de roulement». Un modèle économique fragile donc, et mis à rude épreuve depuis des années déjà. En près de 45 ans, leur nombre a brutalement chuté en France, passant de 41 500 à 10 800. Alors que les traditionnelles représentaient 86% de parts de marché en 1980, ce n’était plus que 38% en 2024.

En filigrane de ces chiffres dévoilés par l’Ufip Énergies et Mobilités, l’organisation professionnelle de lobbying qui rassemble les sociétés énergétiques et pétrolières, un déclin historique des stations-service indépendantes traditionnelles : sept fois moins qu’en 1980. A contrario, les stations de supermarchés, bien que moins nombreuses, réalisent déjà près de deux tiers des ventes. Faibles marges, rentabilité en baisse… les indépendantes «ne disposent pas de leviers de compensation via d’autres activités commerciales leur permettant de pratiquer des prix bas», rappelait Mobilians fin mars.

1 500 stations en moins d’ici 10 ans ?

Selon les chiffres récupérés par La Tribune, ces stations dégagent pour la moitié d’entre elles des résultats annuels ne dépassant pas les 30 000 euros. D’ici 2035, leur nombre pourrait encore brusquement chuter : 1 500 envisageraient sérieusement d’arrêter la distribution de carburant, selon une étude commandée par Mobilians. Soit autant de conséquences pour le réseau de distribution que pour les automobilistes, qui comptent parfois sur ces stations pour éviter de faire des dizaines de kilomètres.