
C’est une pilule qui ne passe pas. Adoptée il y a quelques jours dans l’hémicycle, la loi Duplomb, autrement appelée «loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur», vient de déclencher une onde de choc. Une pétition contre ce texte législatif a franchi le cap des 1,3 million de signatures, ce lundi 21 juillet. En ligne de mire ? Le grand retour d’un pesticide banni depuis 7 ans : l’acétamipride.
Ce nom barbare ne vous dit sans doute rien, mais il pourrait bien s’inviter à nouveau dans nos assiettes. Derrière cette molécule, pulvérisée dans les champs, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, dont l’usage avait été interdit en France au nom de la santé publique et de la biodiversité. Pourquoi cette réintroduction ? Parce que la menace plane sur des productions stratégiques comme la betterave sucrière, les asperges, les noisettes ou les pommes, dont les cultures sont ravagées par les insectes. Autre raison : selon le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, auteur du texte, la France n’aurait plus le choix. 26 pays européens sur 27 autorisent déjà ce pesticide. Le maintenir interdit chez nous ? Ce serait condamner nos agriculteurs à une concurrence déloyale. Mais attention, la loi Duplomb ne signe pas une réintroduction massive de ce pesticide. Les filières devront faire une démarche afin d'obtenir un agrément. «Cela concernera au maximum 1,7% des surfaces agricoles, et encore, si toutes les filières demandeuses avaient la dérogation», avait indiqué, à ce propos, le rapporteur à l'Assemblée, Julien Dive (LR).
Des risques sur les structures cérébrales humaines
Mais revers de la médaille, ce puissant fongicide a des conséquences nocives sur la biodiversité, notamment les insectes pollinisateurs, les vers de terre et les oiseaux. Selon l’OFB (Office français de la biodiversité), 84% des espèces végétales européennes cultivées dépendent directement des insectes pollinisateurs (abeilles par exemple). Et la liste des effets secondaires sur la santé humaine est loin d’être anodine. Selon certains chercheurs du CNRS, il s’agit du pire néonicotinoïde. L’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa), chargée d’identifier les risques des pesticides, a alerté dès 2013 sur les dangers de l’exposition à l’acétamipride pour le développement du système nerveux humain. Cet insecticide peut affecter le développement des neurones et des structures cérébrales associées à des fonctions telles que l’apprentissage et la mémoire. Elle provoquerait aussi des troubles de la fertilité masculine. Selon l'ancien Premier ministre et patron du parti présidentiel Renaissance, Gabriel Attal, le gouvernement devrait mandater l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) afin qu'elle donne son avis. Le débat est loin d’être clos.



















