Renaud Dutreil a beau être un pantoufleur accompli, il n’a pas été fichu de vendre des pantoufles. Reconverti depuis une douzaine d’années en serial entrepreneur après un passage par la filiale américaine de LVMH, l’ex-ministre des PME de Jacques Chirac rêvait de relancer la production de charentaises en France. Un fiasco.

En 2017, l’ancien haut fonctionnaire avait pourtant obtenu le soutien financier des banques et de la région Nouvelle-Aquitaine. Il avait ainsi mis la main sur quatre artisans locaux, aussitôt regroupés au sein de sa nouvelle entreprise, La Manufacture charentaise. Son plan: faire de ce chausson mythique, mais désuet, un accessoire de mode revigoré par la vague cocooning. «Le projet paraissait séduisant, confie à Capital un ex-salarié. Mais M. Dutreil était bien meilleur pour la communication que pour l’exécution. La décision d’augmenter de 20% le prix des charentaises nous a coupés de la grande distribution. En quelques mois, notre portefeuille de commandes a plongé de 70%.» Quinze mois après sa création, La Manufacture charentaise était liquidée.

Une bien «triste issue», comme l’a admis Dutreil dans une lettre adressée aux quelque 104 salariés laissés sur le carreau. Ceux-ci ne parviennent même pas à lui en vouloir, tant ils gardent un souvenir flou du malheureux capitaine d’industrie. «On ne l’a vu que trois fois dans nos ateliers, se souvient l’un d’eux. La première, c’était à l’inauguration, la dernière, le jour où il a mis la clé sous la porte, et la deuxième, quand il a accueilli Edouard Philippe dans nos ateliers.» Le Premier ministre de l’époque était venu admirer la technique du «cousu-retourné», un savoir-faire artisanal assez unique qui avait valu à la PME de décrocher une indication géographique protégée (IGP), censée servir de tremplin commercial. «Je suis très impressionné par ce qu’a réalisé ici Renaud Dutreil», s’était fendu Edouard Philippe à la fin de son escapade charentaise.

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