
Ils étaient trois à être passés au gril par les députés. Mercredi 14 janvier, le président du groupement Les Mousquetaires, Thierry Cotillard, était interrogé devant la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale en compagnie de Gwenn Van Ooteghem, directeur général d’Intermarché, mais aussi et surtout de Gianluigi Ferrari. Une première, rappelle LSA, d’autant que le patron des centrales d’achats européennes Everest et Epic avait décliné une convocation en 2019. La faute au gouvernement suisse, a-t-il laissé entendre. Mais le sujet n’était pas là.
Les députés ont questionné les trois hommes sur les centrales d’achat et leur rôle alors qu’elles se situent à l’étranger. Everest, qui réunit Edeka, Picnic et Aura (Intermarché, Auchan, Casino), négocie avec les grands groupes de l’agroalimentaire les tarifs des produits vendus en France dans les grandes surfaces. «Nous respectons tous les principes de la loi française, rien n’y échappe», a mis en avant Gianluigi Ferrari, avant de justifier ses choix d’Amsterdam pour le siège d’Everest, et de Genève pour Epic : «Pour installer un siège, il y a trois villes : Londres, Amsterdam et Bruxelles (…) Quant à Epic, j’ai la chance de pouvoir choisir et Genève est une ville agréable.»
Seule ligne rouge : respecter la matière première agricole
Alors qu’il projette un chiffre d’affaires de 13 à 14 milliards d’euros pour Everest en 2026, Gianluigi Ferrari a bénéficié du soutien de Thierry Cotillard. Le PDG des Mousquetaires a justifié pourquoi il y avait recours : «Nous pesons 1 à 2% du chiffre d’affaires des multinationales avec lesquelles nous négocions», a-t-il souligné, avant de rappeler que le groupe était sorti des eurocentrales pendant trois ans avec de lourdes conséquences. «Nous l’avons payé cash en termes de prix sur les étiquettes.» Selon lui, la seule «ligne rouge» est de «respecter la matière première agricole».
Et si les fournisseurs qui négocient à Amsterdam représentent 23% du chiffre d’affaires du groupe (sans Netto), rappelle LSA, Thierry Cotillard a «assumé totalement le sujet» devant les députés. «Les multinationales font cinq fois plus de résultats que nous et les écarts de prix avec les autres pays européens vont jusqu’à 7%», a-t-il rétorqué. Alors que la grogne des agriculteurs se poursuit et que le Salon de l’Agriculture approche, Thierry Cotillard a assuré se fournir en porc «100% français». Pour le reste, il promet de «donner l’origine pour la totalité d’ici à 2028».
Thierry Cotillard renvoie la balle aux politiques
Alors que l’UE a adopté l’accord sur le Mercosur, Intermarché va-t-il vendre du bœuf brésilien par exemple ? Là encore, Thierry Cotillard a renvoyé la balle aux politiques : «Il n’y aura pas de souveraineté alimentaire française sans une grande distribution solide.» Enfin, sur les négociations commerciales, le directeur général d’Intermarché a annoncé avoir trouvé «90% d’accords» avec les TPE et PME et en avoir signé «80%», contrairement à ce qu’avancent les Fédérations représentatives des PME. Pour les multinationales, Gwenn Van Ooteghem a dit que seuls 20% d’accords ont été trouvés.



















