
Fin du suspens. Après 28 ans de présence en France, la chaîne de magasins alimentaires belge Colruyt baisse le rideau. Les points de vente vont changer de nom. Qui rafle la mise ? Le groupement Les Mousquetaires (Intermarché, Netto), qui s’empare de 81 magasins, de 44 stations-service et de 1 300 salariés pour 215 millions d'euros, soit environ 30% du chiffre d'affaires de Colruyt France (716 millions d’euros à fin mars 2025). Si E.Leclerc et la Coopérative U étaient aussi sur les rangs, la proposition d’Intermarché les a coiffés au poteau. Selon Colruyt, «l'offre ferme proposée par le Groupement Les Mousquetaires représente la solution la plus pérenne».
Pour Les Mousquetaires, qui poursuivent leur stratégie de grignotage intensif afin d’atteindre 20% de parts de marché d’ici 2028, cette nouvelle acquisition semble prometteuse. Les petits formats de magasins Colruyt, environ 1 000 m2, viennent compléter les 300 hypermarchés et supermarchés rachetés à Casino fin 2023. «La reprise des magasins Casino se passe bien donc Les Mousquetaires sont sereins pour la suite», nous confie Cédric Ducrocq, PDG et fondateur de Diamart Groupe, société de conseil en grande distribution.
2,5 à 3 millions d'euros par magasin Colruyt
Autre intérêt : ces magasins situés dans l’Est et le Centre de la France, offrent l’occasion aux Mousquetaires de mailler le territoire en se positionnant dans des régions ou les enseignes Intermarché et Netto sont encore discrètes. Et chose précieuse, le groupe n’a pas eu à sortir son portefeuille : ce sont les adhérents eux-mêmes qui ont fait des offres pour racheter les points de vente. Selon nos calculs, il faut dépenser entre 2,5 et 3 millions d’euros pour s’offrir un magasin Colruyt, et y rajouter le montant lié aux travaux de rénovation, soit quelques centaines de milliers d’euros.
Si sur le papier le deal semble coquet, il n’empêche que Les Mousquetaires vont avoir du pain sur la planche. Le groupe belge avait souligné des «conditions difficiles sur le marché français très concurrentiel de la distribution alimentaire. Malgré d'importants efforts sur la rentabilité de ses activités françaises, les résultats escomptés n'avaient pas été atteints», a-t-il indiqué dans un communiqué. La preuve : le groupe belge a accusé de sérieuses pertes au cours des dernières années pour sa filiale française. 18 millions d’euros en 2023, 32 millions d’euros en 2024 et 20 millions d'euros pour l’exercice décalé, clos fin mars 2025. «Colruyt en France n’a jamais réussi à trouver sa place en France ni à s’adapter au marché local. Il y a donc une belle carte à jouer pour Les Mousquetaires», ajoute Cédric Ducrocq. Alors que Colruyt misait sur le discount avec des tarifs bas, Les Mousquetaires vont devoir attirer les consommateurs avec des magasins plus chaleureux sans toucher aux prix ! Sacré défi à relever.
Encore 23 magasins à reprendre
Mais la page française n'est pas totalement tournée pour Colruyt. Il lui reste encore 23 magasins sur les bras, trois entrepôts et un siège social situé dans le Jura, à céder. Selon le groupe belge, différentes offres ont été reçues de la part d'autres acteurs pour environ 15 magasins. Les points de ventes et entrepôts restants feront l’objet d’une recherche d’acquéreur conformément à la législation française.
Après la cession des hyper et supermarchés Casino, les ralliements des magasins Schiever, Puig & Fils, mais aussi Magne à la Coopérative U et Carrefour, ou encore la vente des magasins Cora et Match à Carrefour, d’autres manœuvres sont-elles à prévoir ? «Les opérations de délestage du groupe Casino (Monoprix, Franprix, Naturalia, ndlr) ne sont pas terminées. Les capacités financières pour réinvestir dans les magasins manquent», nous confie un expert de la distribution. La prochaine secousse serait-elle déjà en train de se préparer ?


















