
En faisant appel aux Français, les Scop trouvent le moyen d’augmenter leurs fonds propres, de financer leurs projets de modernisation d’usine ou de lancer de nouveaux produits. C’est le cas de la célèbre verrerie Duralex. Jusqu’au 15 février 2026, l’entreprise lance un appel à la générosité avec une campagne de don sans contrepartie, sur la plateforme régionale Efferve’sens. Cette cagnotte fait suite à une levée de fonds participative qui avait permis à la marque de collecter 5 millions d’euros en seulement quelques heures, fin novembre 2025 sur Lita.co.
Mais si les Sociétés coopératives et participatives se tournent massivement vers le crowdfunding, c’est souvent par manque de financeurs. Pourquoi ces derniers font-ils défaut ? Certainement pas en raison du taux de pérennité des Scop supérieur de 10 points à celui de l’ensemble des entreprises françaises ; le taux de survie à cinq ans des Scop et des Scic (les Sociétés coopératives d’intérêt collectif) atteint 79 % contre 69 % en moyenne, selon l’Insee. Qu’est-ce qui freine alors ces entreprises dans leur développement économique ?
Lutte contre les préjugés
«Les idées reçues ont la peau dure, déplore Fatima Bellaredj, déléguée générale de la CG Scop. Le statut coopératif fait peur.» Pour celle qui préside également le Labo de l’ESS (l’Économie sociale et solidaire), et lutte contre les préjugés négatifs à l’encontre de ces sociétés, ce positionnement s’avère contradictoire. «Qui mieux pour piloter une entreprise que des salariés possédant le savoir-faire ?», interroge-t-elle.
En étant connectés à la réalité du terrain, les associés ont la réputation de choisir des solutions réalistes. Dans une Scop, les salariés détiennent au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote. Ce modèle social présente de nombreux atouts, mais il connaît un gros inconvénient : les fonds propres manquent durant les premières années de reprise. Et les investisseurs privés traditionnels ne s’intéressent pas aux entreprises coopératives, en raison du niveau de rendement limité et en l’absence de plus-value à la revente.
Absence de dispositif dédié
Quant au manque de soutien des institutions publiques, il constitue un autre frein structurel. «Notre Confédération regrette que Bpifrance investisse peu, voire pas du tout, dans les projets de reprise par les salariés, constate Fatima Bellaredj. La Scop n’est pas la solution de la dernière chance !» La déléguée générale cite l’exemple du «prêt transmission» de Bpifrance, auquel un collectif de salariés n’est pas éligible. «Les sociétés coopératives ne bénéficient pas des mêmes outils que les entreprises classiques», résume-t-elle.
Pour débloquer la situation, le Mouvement Scop réclame une réelle volonté politique, et sollicite notamment l’intervention du FDES (le Fonds de développement économique et social, sous la tutelle de Bercy). «On ne demande ni de l’argent gratuit, ni des subventions», précise Fatima Bellaredj. Une réflexion est aussi ouverte avec la Banque des territoires afin de créer un fonds dédié à la reprise et à la transmission d’entreprises, capable d’intervenir sur de plus petites opérations.



















