
Face à la hausse des prix de l'énergie et des carburants liée aux tensions au Moyen-Orient, l'exécutif cherche des solutions rapides pour redonner du pouvoir d'achat. Parmi elles, une proposition de loi portée par la sénatrice LR Laurence Muller-Bronn prévoit de permettre aux salariés de débloquer jusqu'à 5 000 euros de leur épargne salariale, sans impôts et sans condition. Selon elle, cette mesure permettrait de financer des dépenses du quotidien et de redonner un peu de marge de manœuvre financière aux foyers. «Il s'agit de donner une possibilité de faire face aux imprévus, par exemple des frais d'études, des rénovations énergétiques ou toute dépense imprévue», défend en effet l'élue, citée par TF1.
Mais cette mesure, qui sera examinée au Sénat début avril, est loin de faire l'unanimité. Syndicats comme organisations patronales dénoncent un dispositif qui détourne l'épargne de sa vocation initiale. «C'est un peu contre-intuitif, ce projet de loi, par rapport à l'origine même de l'épargne salariale, qui est plutôt une logique d'épargne», souligne ainsi le patron d'une agence immobilière bordelaise. Aujourd’hui, ces plans sont en principe bloqués pendant cinq ans, sauf cas exceptionnels comme un mariage ou l'achat d'une résidence principale.
Un risque d'«effet d'aubaine»
Au-delà du principe même, les critiques portent aussi sur l'efficacité du dispositif. «Ce n'est pas une mesure qui améliore le niveau de vie, puisque c'est déjà l'argent des gens», insiste Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT. Même constat du côté du patronat : «Ceux qui ont un plan d’épargne entreprise (PEE) garni ne correspondent pas à la cible de ce texte», pointe dans le journal Le Parisien Michel Picon, président de l'U2P, qui redoute «un effet d’aubaine pour les cadres supérieurs». Moins d'un quart des salariés disposent en effet d'un tel dispositif, généralement les mieux rémunérés.
Autre inquiétude : le risque de fragiliser les salariés à moyen terme. En piochant dans leur épargne aujourd'hui, certains pourraient se retrouver démunis plus tard. «Mais que se passera-t-il dans deux ans quand ils n'auront plus rien sur leur compte ?», alerte la sénatrice écologiste du Rhône Raymonde Poncet-Monge. D'autant que les partenaires sociaux dénoncent un manque d'évaluation des précédents assouplissements déjà mis en place. Pour eux, la mesure ressemble davantage à un levier de communication qu'à une réponse durable et efficace à la baisse du pouvoir d'achat.



















