
On peut être banquier et fun à la fois ! A condition du moins de travailler dans des établissements mobiles comme le britannique Revolut ou le français BoursoBank. En novembre dernier, le premier avait, par exemple, convié 3 000 de ses clients à Londres pour rencontrer des stars des réseaux sociaux et se trémousser sur la musique de Charli XCX, une pop star venue donner un concert privé. Tandis que, depuis avril, le second propose carrément de vous rhabiller à petit prix, en vendant des sweats, chaussettes et tee-shirts spécialement créés aux couleurs rose, bleu et blanc de la marque !
Pour s’imposer dans la banque mobile, ces deux établissements ont donc décidé d’incarner une certaine «coolitude». Mais leur succès repose surtout sur leurs tarifs, au plancher. Mieux que les autres, ils ont en effet su comprimer leurs coûts, en tirant parti de l’absence d’agences et donc de charges immobilières. Résultat : pour leurs formules d’entrée de gamme, incluant une carte de paiement standard, Revolut comme BoursoBank ne facturent rien, pour peu qu’on ne multiplie pas les retraits d’argent, notamment à l’étranger.
Des offres premium très appréciées des clients
Quant aux offres premium, incluant une carte haut de gamme et des services exclusifs, elles ne coûtent que 45 euros par mois chez Revolut (offre Ultra) et 9,90 euros chez BoursoBank (offre Metal). Le tout, pour une satisfaction client au sommet : selon le cabinet Sia Partners, BoursoBank et Revolut (dans sa version Metal) affichaient en 2024 une note respective (basée sur les appréciations des utilisateurs, les avis sur l’App Store et Google Play, et les fonctionnalités des applications) de 76,29 et 76,23%. Rien moins que les deuxième et troisième places mondiales, derrière la belge KBC !
Bien sûr, les jolies primes d’accueil expliquent une part de ces éloges : en avril, BoursoBank faisait miroiter 150 euros à tout nouveau client acceptant de domicilier ses revenus. Moins généreux, Revolut promettait, lui, 20 euros de bonus dans une opération avec l’influenceuse Lena Situations.
Pas étonnant que le duo domine le jeu : alors qu’ING France, Orange Bank et Ma French Bank ont successivement jeté l’éponge, Revolut affichait 5 millions de clients dans l’Hexagone fin 2024, quand BoursoBank en dénombrait 7,2 millions. Encore tenu à distance, le britannique n’en affiche pas moins de grandes ambitions : il espère dépasser le précurseur français, en nombre de comptes, dès 2028. Autant de clients qu’il faudra ensuite, chez l’un comme l’autre, convaincre… de dépenser. «Ces banques ont compris que la gestion de compte courant était un produit d’appel, qui ne rapportait pas grand-chose. Et elles ont réussi à emmener les consommateurs vers des services à plus forte valeur ajoutée», résume Thomas Rocafull, directeur associé en charge des banques du cabinet Sia Partners.
Revolut et Boursobank : à chacun sa méthode
Créé en 1998, l’ex-Boursorama a d’abord été une plateforme de trading boursier, avant d’élargir progressivement son offre. Renommé depuis BoursoBank, l’établissement propose ainsi 51 produits couvrant tous les segments de la banque de détail (compte courant, assurance vie, Bourse, crédit et assurance de biens). La banque a même lancé cette année BoursoFirst, un service de gestion privée. «En répondant à tous les besoins, nous sommes devenus l’établissement principal pour la moitié de nos clients», précise Benoît Grisoni, son directeur général.
Pur produit de la fintech britannique, Revolut n’a, lui, débarqué dans l’Hexagone qu’en 2017, trois ans après sa création, en proposant des services de transactions multidevises à moindre coût. Alors que la France est devenue son second marché, la banque donne désormais accès à un compte rémunéré au jour le jour, ainsi qu’à des services de trading ou de cryptomonnaies. Cette approche, connue en interne sous le nom de «stratégie du snack», fait la force du britannique, présent dans 41 pays. «Les clients adoptent nos services à mesure que se crée le lien de confiance», détaille Antoine Le Nel, directeur croissance monde.
L’offre reste toutefois moins étoffée qu’avec BoursoBank : chez Revolut, les clients ne disposent ni d’un carnet de chèques, ni de Livret A, ni de PEA, et devront attendre le courant de l’année pour accéder à un crédit immobilier. Ces clients risquent donc d’être moins fidèles. «La catégorie des moins de 35 ans nous choisit souvent comme banque principale», indique toutefois Antoine Le Nel. Au moins ces clients ont-ils droit, comme chez BoursoBank, filiale de la Société générale, à un IBAN français depuis que la banque enregistrée en Lituanie a ouvert une succursale dans l’Hexagone.
Même si ces banquiers doivent composer avec le repli des taux d’intérêt, qui menace leurs revenus (ils font travailler les dépôts de leurs clients), ils croient à la solidité de leur modèle. En 2024, Revolut a gonflé son chiffre d’affaires mondial de 72% et affiché des profits pour la quatrième année consécutive, à hauteur de 934 millions d’euros ! Mais le Frenchy n’est pas en reste : BoursoBank a connu sa deuxième année de rentabilité d’affilée et vise 300 millions d’euros de résultat net à l'horizon 2026. Et peu importe le coût d’acquisition des nouveaux comptes ! «Il faut considérer la rentabilité sur l'ensemble du cycle de vie des clients, qui s’étale sur plusieurs décennies», relativise Benoît Grisoni.
En chiffres
- Revolut (chiffres France)
Nombre de clients : 5 millions à fin 2024 (10 millions visés en 2027).
Effectifs : 285 salariés
Rentabilité : depuis quatre ans (au niveau monde)
- BoursoBank
Nombre de clients : 7,2 millions à fin 2024 (8 millions visés en 2028).
Effectifs : 1 000 salariés
Rentabilité : depuis deux ans
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