
Derrière son image «lifestyle», le coliving désigne des immeubles entiers convertis en logements partagés : chaque occupant loue une chambre privée et mutualise cuisine ou salon. Présenté comme flexible et adapté aux jeunes actifs, le modèle est accusé par plusieurs élus de la majorité parisienne de raréfier le parc locatif traditionnel. Comme le rappelait CNews en octobre dernier, le Groupe Communiste et Citoyen dénonce un dispositif «partagé» devenu outil de spéculation, transformant des logements familiaux en produits à forte rentabilité. «Le coliving n’est pas un progrès social, c’est une régression urbaine», résume un élu, estimant que ces résidences «ne logent pas les Parisiens, elles hébergent des passants». La majorité municipale plaide ainsi pour «préserver la vocation résidentielle» des immeubles.
Mais force est de constater que le phénomène persiste. Et continue d'attiser les tensions. Démonstration avec cette habitante du XXe arrondissement dont la mésaventure est relayée dans Le Parisien ces jours-ci. Cécile, 57 ans, locataire depuis 2005 d’un deux-pièces de 59 m² place de la Réunion, a reçu, quelques jours avant Noël, un courrier d’huissier lui annonçant que son bail ne sera pas renouvelé au 30 juin. Motif invoqué : la reprise «pour son usage personnel» par le propriétaire, qui possède tout l’immeuble. «Ça fait 20 ans que je suis là, ça me brise le cœur», confie-t-elle au quotidien. Au fil des ans, tous ses voisins sont partis et les appartements ont été réunis puis transformés en coliving, gérés par des sociétés spécialisées. Elle en est persuadée : le logement qu'elle occupe va subir le même sort.
Une chambre de 9m2 à plus de 1000 euros par mois
Sur place, les deux logements de chaque palier ne font plus qu’un, explique Cécile aux journalistes. «Amenez vos bagages et nous nous occupons du reste», vante sur son site la société allemande Habyt, gestionnaire de ces espaces «d’hébergement flexible». Une annonce propose ainsi une chambre de 9 m² à 1025 euros par mois, dans un appartement partagé à six. Cécile, qui paie 1054 euros pour son deux-pièces - un loyer modéré lié à des aides à la rénovation de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) accordées au propriétaire en 2005 après un incendie – en a bien peur : «Le propriétaire attend que je m’en aille pour casser le mur qui nous sépare et faire du coliving partout.»
De son côté, un associé du propriétaire assure que ce dernier compte s’installer dans le logement, «ce qui est dans son droit», et précise qu’«une indemnité de départ a été proposée à la locataire, alors qu’il n’y a aucune obligation légale». L’adjoint au logement, Jacques Baudrier (PCF) promet, lui, d’engager «toutes les procédures possibles (…) pour essayer de faire arrêter cette arnaque», tout en invitant les Parisiens à «dénoncer ce genre de situations auprès de la mairie». Le propriétaire, face à ces accusations d'escroquerie, indique vouloir porter plainte pour diffamation. Cécile, quant à elle, a décidé d'organiser un rassemblement sur la place à 10h le 22 février «pour que les gens sachent vraiment ce qu’est le coliving».
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