
C’est la première fois que les organisations professionnelles territoriales de l’immobilier multiplient les événements partout en France avec des candidats à l’élection municipale de mars prochain. Les grandes villes sont celles dont les futurs édiles sont sollicités, non seulement parce les syndicats y ont le plus souvent établi leur siège, mais surtout parce que les difficultés de se loger y sont plus aiguës qu’ailleurs.
Pour autant, de façon plus large, les professionnels de l’immobilier ont conscience que les maires jouent un rôle déterminant pour le logement et que les politiques publiques locales n’ont pas moins d’importance que la politique nationale. Ainsi, la Chambre FNAIM de Paris et du Grand Paris réunira jeudi soir dans ses locaux les 6 candidats à la mairie de Paris pour les entendre sur leur programme autour de grands thèmes identifiés, et - signe des temps - une seule ne viendra pas en personne, néanmoins représentée par un parlementaire de renom de sa sensibilité et de sa liste. Les dignitaires des autres organisations y seront conviés et cette manifestation prend l’allure d’un événement de place. Une illustration parmi d’autres, et un peu plus que cela : jamais par le passé les candidats à la mairie de la capitale n’auraient accepté une telle invitation sans qu’aucun manque à l’appel, et jamais ils n’auraient en personne été si nombreux. Que se passe-t-il ?
Une responsabilité croissante des maires en matière de logement
La communauté immobilière comprend que les maires ont désormais une action pour le logement et même l’immobilier absolument majeure, et les maires ont une conscience croissante de cette responsabilité. Ils entendent l’exercer. Sans doute d’ailleurs le futur projet de loi sur la décentralisation, que le gouvernement a annoncé déposé sur le bureau des Assemblées parlementaires après les élections municipales pour ne pas en troubler le débat, va-t-il proposer le scénario d’un renforcement du pouvoir des maires en matière de politique du logement. Il faudra veiller à ce que ce texte ne donne matière à un désengagement de l’Etat, qui reste à la fin garant du logement de tous les Français, sans rupture d’égalité selon les territoires. C’est le point limite d’un exercice qui vise à créer les conditions d’une politique de proximité, plus pragmatique et adaptable aux identités territoriales.
Comment, en six ans, la situation des maires a-t-elle ainsi évolué, et avec elle le regard que la filière porte sur eux ? Ce sont d'abord des circonstances regrettables qui ont témoigné de leur pouvoir, la baisse des autorisations de construire et de la production. Le pouvoir essentiel des maires consiste à permettre aux promoteurs et aux constructeurs de maisons individuelles de bâtir et d’abonder l’offre résidentielle. Or, entre les maires écologistes nouvellement élus en 2020, qui ont clairement annoncé la couleur de la baisse de l’artificialisation des sols par anticipation aux oukases de la loi Climat résilience, et les autres, frileux pour mille raisons, plus rares ont été les élus volontaires pour délivrer des permis de construire, qui peuvent aussi favoriser la surélévation d’immeubles ou de maisons existants. La question du respect des quotas de logements sociaux de loi SRU est évidemment au cœur du problème et les communes carencées n’ont pas pour trop d’entre elles remédié à leur retard.
Des Français favorables maires bâtisseurs ?
Bref, lors de cette élection, on s’emploiera à élire ou réélire des maires bâtisseurs et il semble au demeurant qu’on s’apprête à faire mentir le dicton «Maire bâtisseur, maire battu». L’opinion paraît retrouver à cet égard de la cohérence et elle en atteste en allant jusqu’à souhaiter pour 41% des Français un rétablissement de la taxe d’habitation! Enfin, elle appréhende le lien entre l’arrivée d’habitants supplémentaires et le besoin de financer des services et des infrastructures pour les satisfaire… L’augmentation tendancielle de la taxe foncière l’aura aidé à sortir de l’illusion dans laquelle le Président Macron a voulu la plonger en supprimant la taxe à son arrivée à l’Elysée…
Ce sont d’autres gestes qui ont fait réaliser aux professionnels qu’ils devaient compter avec les maires. L’encadrement des loyers est déjà dans leurs mains, mais l’Etat doit encore faire droit à leur demande si elle est formulée et argumentée et peut la rejeter. Il se pourrait que les contraintes soient allégées et qu’ils soient totalement maîtres de la décision de contraindre le niveau des loyers d’habitation. Instaurer le permis de louer est également de leurs prérogatives. Les grandes opérations de rénovation, voire de rétablissement des copropriétés en difficultés, relèvent de leurs compétences. Là aussi, ce sont de sombres événements qui ont pu déciller les yeux des habitants, à Marseille en particulier: une mairie qui n’agit pas menace la vie de ses administrés les plus fragiles. Les choix de mobilité, de circulation et de stationnement, vitaux pour les habitants, les entreprises et les commerces, font partie des pouvoirs du maire. La créativité en matière de fiscalité locale s’est accentuée, avec des augmentations drastiques de taxes, sur la vacance, foncière et à d’autres fins.
De futurs interlocuteurs majeurs pour le logement
Enfin, c’est dans nos communes que les conséquences du mal logement se constatent, et c’est du maire qu’on attend qu’il intervienne en urgence pour sauver de la rue ceux que la déchéance économique et sociale y a jetés: qui aurait l’idée que le ministre de la ville et du logement puisse agir assez vite pour une femme ou un homme sur un trottoir?
De là à dire que nous allons collectivement élire les 15 et 22 mars prochains 35000 ministres du logement, il n’y a pas loin. Le centre de gravité de la politique du logement s’est déplacé vers nos communes. Ce n’est pas un mal si nous mesurons que nos maires seront à l’avenir des interlocuteurs à ne pas négliger. Apprendre à travailler avec eux et les éclairer ressortit désormais à la compétence fondamentale des corps intermédiaires, jusqu’alors obsédés par la politique nationale.



















