
«Appelle-moi, c’est urgent». Ce SMS, Carlos s’en souvient comme si c’était hier. En 2020, son voisin en Espagne l’avertit que sa maison de famille, devenue résidence de vacances, est occupée. Pour ce Franco-Espagnol à l’approche de la retraite, c’est un coup de massue. «Il m’a demandé si c’était des amis ou de la famille qui étaient chez moi», explique-t-il. Carlos comprend immédiatement : il s’agit de squatteurs. Une situation loin d’être isolée. En Espagne, comme en France, les résidences secondaires vides plusieurs mois par an constituent des cibles privilégiées.
Le problème, c’est qu’il vit en France, près de Nîmes, et que la pandémie de Covid bloque tous les déplacements. Le début d’un cauchemar. Malgré de multiples appels au consulat d’Espagne puis à la police des frontières françaises, Carlos réalise qu’il est impuissant. Pendant trois longs mois, son voisin surveille les allées et venues. «Il m’a parlé de trois personnes, deux hommes et une femme, d’une vingtaine d’années. Il y avait aussi un chien», précise-t-il.
Ce n’est qu’en août, lorsque les restrictions sanitaires s’assouplissent, qu’il prend son courage à deux mains et part en Espagne avec sa femme. Sa décision est prise. «Personne ne voulait le faire, alors j’ai décidé de mettre les squatteurs dehors moi-même», tranche le nouveau retraité de 71 ans.
«Tout était détruit, c’était un dépotoir»
Pour maximiser ses chances, Carlos avance avec méthode. Avec sa femme, il loue un studio via une agence, à seulement 200 mètres de la maison pour observer, chaque jour, les allées et venues des squatteurs sans se faire remarquer. Leur rythme devient vite prévisible puisque vers 11 heures, les occupants quittent les lieux pour plusieurs heures. «J’avais tout organisé dans ma tête», confie Carlos.
Il contacte alors un serrurier du quartier. L’artisan ne pose aucune question. Pour 400 euros, il accepte d’intervenir, mais Carlos lui demande de se limiter à ouvrir la porte, sans entrer. Le lendemain, à l’heure précise, ils attendent le départ des squatteurs. Dès que la voie est libre, le serrurier agit. Le couple pénètre alors dans la maison familiale pour la première fois depuis des mois.
Le choc est brutal. «Tout était détruit, c’était un dépotoir», raconte-t-il, encore marqué. Les pièces sont insalubres, les meubles abîmés ou disparus. Seule une chambre semble entretenue, dont les murs ont étrangement été repeints en rose. «Peut-être que la femme était enceinte», estime l’homme. Sur la table à manger, des petites balances et des sachets. Cette fois, le doute n’est plus permis, il s’agit de trafiquants. Carlos appelle immédiatement la police, qui vient constater la situation. «Je leur ai dit que j’arrivais simplement de France dans ma maison de vacances, mais je crois qu’ils ne m’ont pas cru», estime-t-il. Cette nuit-là, le couple reste sur place, sans fermer l’œil.
La découverte d’une armoire avec de la cocaïne
Les squatteurs ne reviennent pas. Pourtant, Carlos et sa femme ont installé des détecteurs de mouvement dans toute la maison. Le lendemain matin, en poursuivant l’inspection, Carlos remarque une grande armoire fermée à clé. La clé a disparu. Il parvient finalement à l’ouvrir. À l’intérieur, il découvre plusieurs téléphones, des documents d’identité et de l’argent liquide. Mais surtout, dans une boîte, l'équivalent de 50 000 euros de drogue.
Le couple rappelle immédiatement la police pour signaler la découverte. Des agents viennent récupérer la boîte et demandent à Carlos de déposer plainte, ce qu’il fait dans la foulée. Le lendemain, un mot apparaît dans la boîte aux lettres : «Je suis la personne qui habite là, j’aimerais récupérer mes affaires», accompagné d’un numéro de téléphone. Carlos ne répond pas. «J’ai tout mis dans des sacs poubelles au bout de la rue», confie-t-il.
La décision de vendre la maison est prise immédiatement. En deux jours, le couple nettoie et remet le bien en état, avant de confier les clés à une agence immobilière. «J’ai signé la vente le 31 décembre 2020», se souvient-il précisément. Une expérience éprouvante, qu’il ne souhaite revivre sous aucun prétexte. «Je sais qu’on a eu beaucoup de chance, car les choses peuvent devenir incontrôlables quand il s’agit de trafic de drogue», conclut Carlos.



















