
Malgré la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et l'augmentation des budgets militaires partout dans le monde, les Français restent peu enclins à placer leur épargne dans l'industrie de la défense. Un paradoxe, alors même que le secteur affiche de fortes perspectives de croissance et de rendement. Pour mobiliser l'épargne des particuliers, Bpifrance a lancé en mars 2025 un fonds de 450 millions d'euros dédié au financement des entreprises de la défense. L'ambition : permettre aux Français de soutenir un secteur jugé stratégique face aux menaces internationales croissantes.
Mais l'initiative peine à convaincre. «Ça a démarré doucement», constate Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique sur BFM TV et RMC. Plus d'un an après son lancement, le fonds n'aurait collecté que moins de 100 millions d'euros, un montant bien inférieur aux attentes. Pourtant, le placement se veut accessible. Le ticket d'entrée est fixé à 500 euros. Cette prudence des épargnants surprend d'autant plus que l'industrie de la défense traverse une période particulièrement favorable.
Des réticences avant tout éthiques
«La défense est un des secteurs les plus en croissance. La France a beaucoup de champions mondiaux dans le secteur», souligne Emmanuel Lechypre. Il rappelle également que la France est aujourd'hui le deuxième exportateur mondial d'armement. Selon lui, les perspectives de gains sont loin d'être négligeables. «Tout ça rapportera avec une quasi-certitude trois à quatre fois plus que le Livret A», affirme l'éditorialiste. Malgré ces arguments, les Français continuent de bouder ce type de placement.
Le frein est moins financier que moral. D'après le dernier baromètre Ifop-Altaprofits, 70% des Français ne souhaitent pas investir dans le secteur de la défense. Un chiffre qui n'a pratiquement pas évolué en un an, malgré la dégradation du contexte géopolitique. «Une grande partie des Français invoquent des raisons politiques, éthiques ou morales», explique Emmanuel Lechypre. Beaucoup estiment également que le financement de la défense doit relever de l'Etat et être assuré par l'impôt plutôt que par l'épargne privée.
Pour l'éditorialiste, cette défiance traduit une tendance plus profonde. «Les Français sont pacifistes. Ils veulent que leurs économies soient placées dans des entreprises qui correspondent à leurs valeurs.» A cela s'ajoute leur goût traditionnel pour les placements sécurisés. «Ils préfèrent l'assurance-vie et pas les risques», résume Emmanuel Lechypre. En dépit de rendements potentiellement attractifs et d'un secteur porté par les commandes militaires, l'épargne de défense peine donc encore à trouver son public en France.











