Toucher un chèque de 100 000 euros, après une vente ou un héritage, pose vite une question : comment le placer ? Avant de se jeter sur le premier produit conseillé par sa banque, il y a deux questions à se poser : à quoi cet argent servira dans les cinq à dix prochaines années, et quelle est votre sensibilité au risque ? Si vous avez un profil prudent, peu à l'aise avec la volatilité, l'objectif est clair : préserver le capital tout en allant chercher un peu de rendement. Mais rester prudent ne veut pas dire tout mettre sur son livret A. C'est en effet l'avis d'Andrea Tueni, expert marché chez Saxo Banque.

« Je ne suis pas favorable au fait de remplir son livret A, même avec une grosse somme à placer », assure-t-il. Il conseille de garder entre deux et quatre mois de salaire comme matelas de sécurité, pas davantage. Sa raison est simple : « Toucher le plafond à tout prix n'est pas une bonne idée, car le rendement passe sous l'inflation ». Ainsi, quand on a 100 000 euros à placer, une fois notre matelas de sécurité constitué, on peut aller chercher de meilleurs rendements avec l'autre partie de notre capital.

La poche de sécurité

Le livret A reste utile pour l'épargne de précaution, celle qu'on doit pouvoir retirer du jour au lendemain. Mais depuis le 1er février 2026, son taux est tombé à 1,5 %, alors que l'inflation est remontée autour de 2,2 % en avril. Résultat, son rendement réel est négatif, à environ -0,68 %. Sur un livret A plein à 22 950 euros, cela représente près de 160 euros de pouvoir d'achat perdus en un an. Si vous y êtes éligible, le LEP rémunère 2,5 % nets, la seule poche garantie qui protège encore de l'inflation.

L'idée est donc de calibrer ce matelas selon vos dépenses et de ne pas laisser dormir le reste des 100 000 euros sur un livret qui perd face aux prix. Le bon réflexe est de classer cette somme selon votre horizon. L'argent dont vous aurez besoin dans moins de trois ans doit rester garanti et liquide (par exemple, pour un apport immobilier, ou un gros voyage). Celui que vous pouvez immobiliser plus longtemps peut viser un meilleur rendement, sans pour autant sortir du cadre de la prudence.

Les placements à taux

Si vous pouvez bloquer une partie de l’argent quelques mois ou quelques années, les comptes à terme peuvent être une bonne idée. Ceux-ci bloquent votre argent sur une durée choisie, en échange d'un taux fixe. « Si vous pouvez bloquer la somme quelques années, le compte à terme permet d'aller chercher de meilleurs rendements », résume Andrea Tueni. En 2026, on trouve des comptes à terme à 2,5 % bruts sur 12 mois, pouvant se rapprocher des 3 % bruts sur une durée plus longue – dont il faut retirer la flat tax de 31,4 %.

Il y a également les ETF monétaires, qui suivent les taux courts de la BCE, tournant, eux, autour de 2 % et qui restent liquides. Et puis le fond euros de l'assurance-vie, qui s'impose comme un placement pilier du profil prudent. Son capital est garanti et son rendement moyen s'est établi autour de 2,6 % en 2025. Et certains contrats font mieux, notamment les contrats en ligne (aux frais réduits) proposant des offres bonifiées qui ciblent 4 % en 2026 – sous condition d'investir une part en unités de compte. Après huit ans, l'assurance-vie n'est taxée qu'à 17,2 % de prélèvements sociaux, après un abattement de 4 600 euros par an sur les gains retirés, 9 200 euros pour un couple.

Enfin, pour aller un cran plus loin sans grand risque, il faut mentionner aussi les obligations d'État, qui sont très sûres. Le plus simple est d'y accéder par un fonds ou un ETF obligataire. Une petite dose d'or, qui se veut valeur refuge, peut également diversifier un portefeuille prudent, sans être le pilier du portefeuille.

Un profil prudent peut aussi placer en Bourse

C'est peut-être contre-intuitif à première vue, et pourtant. « Un profil prudent va éviter les actions en direct, mais il peut tout à fait aller en bourse via des ETF », estime Andrea Tueni. Un ETF est un panier d'actions regroupées en un titre, qui s'achète sur les marchés financiers (par exemple, un ETF CAC40 regroupe en une fois les 40 plus grandes actions françaises). L'ETF apporte une large diversification, avec des frais faibles et sans gestion au quotidien. « Avoir un profil prudent n'est pas forcément synonyme de placement garanti. Il y a des risques mesurés à prendre quand on a un horizon long terme », ajoute-t-il.

« Et quand on dispose d'une grosse enveloppe, une partie peut aller sur du temps long, où la probabilité d'un bon rendement à dix ans est forte. » Regardons les chiffres : l'indice mondial MSCI World a un rendement d'environ 8,6 % annuel, depuis sa création, là où le livret A perd face à l'inflation. D'une année à l'autre, les rendements sont très disparates, mais c'est pour cela que notre expert conseille d'investir sur un temps long, de dix ans minimum.