C’est à tomber à la renverse : alors que l’on pensait que la lubie d’augmenter encore les impôts en France était réservée à une certaine catégorie de personnes dogmatiques et loin de la réalité économique hexagonale, cette tentation particulièrement dangereuse dans un pays qui est déjà numéro un mondial du ratio prélèvements obligatoires / PIB semble désormais s’imposer un peu partout. Non seulement à Matignon, dont le nouveau locataire commence déjà à inquiéter, mais également au sein de celle qui devrait normalement constituer la gardienne du sérieux économique, en l’occurrence la Banque de France. Ainsi, bien loin de son devoir de réserve, le gouverneur de cette dernière a appelé à lever «le tabou sur les hausses d’impôts», en préconisant notamment «un effort exceptionnel et raisonnable sur certaines grandes entreprises et certains gros contribuables». Un disciple de Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas dit mieux !

Blague à part, cette proposition est aussi farfelue que triste. Elle vient effectivement à l’encontre d’une des règles économiques de base que les étudiants apprennent en première année d’économie, il est donc étonnant que le gouverneur de la Banque de France ne s’en souvienne pas... Cette règle est à la fois simple et imparable : à partir d’un certain niveau, augmenter les impôts revient à casser l’activité économique et par là même à réduire l’assiette fiscale. Autrement dit, on prélève plus, mais sur un gâteau plus petit, ce qui revient à encaisser moins de recettes fiscales qu’avant l’augmentation des impôts. C’est ce qu’on appelle la courbe de Laffer, synthétisée par le fameux «Trop d’impôts tue l’impôt».

C’est la classe moyenne qui paiera l’essentiel de la facture fiscale

De plus, le terme «gros contribuables» est particulièrement déplacé, voire démagogique. En effet, dans la mesure où les Français les plus fortunés sont souvent domiciliés à l’étranger et/ou ont accès aux services de fiscalistes chevronnés, ils ne seront que peu touchés par une hausse de la fiscalité. En revanche, et comme toujours depuis quarante ans, c’est la classe moyenne qui paiera l’essentiel de la facture et finira malheureusement par s’appauvrir.

Quant à la taxation des «grandes entreprises», n’oublions pas que 80% des profits de ces dernières (et notamment celles du CAC 40) sont réalisés à l’étranger. Il sera donc compliqué de les taxer davantage. En outre, une augmentation de la fiscalité sur les entreprises incitera ces dernières soit à réduire la voilure, soit à quitter notre «Belle France», ce qui cassera encore l’activité économique, fera augmenter le chômage, donc les déficits publics. Autrement dit, augmenter encore les taxes et impôts en France aura exactement les effets inverses de ceux annoncés.

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Plutôt que d’augmenter les impôts, mieux vaut doper la croissance de l’économie

Dans ce contexte ô combien périlleux d’un déficit public dramatiquement élevé et d’une croissance faible, la solution est évidemment ailleurs. N’oublions effectivement pas que, depuis 2020, la croissance a été artificiellement soutenue par l’explosion de la dette publique : entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2024 (dernier chiffre disponible), la dette publique a flambé de 774 milliards d’euros, alors que, sur la même période, le PIB en valeur (c’est-à-dire augmenté de l’inflation) n’a progressé que de 419 milliards d’euros. Oui, vous ne rêvez pas : ll manque près de 360 milliards d’euros ! De quoi encore mesurer l’ampleur du gaspillage des deniers publics !

Il est donc urgent d’inverser cette tendance et de relancer sérieusement la croissance. Pour ce faire, il faut tout d’abord restaurer la confiance des entreprises et des ménages français, ce qui passera par deux grandes mesures. 1. Arrêter de leur mentir. La stratégie du déni de réalité des dirigeants français depuis des années a déjà fait trop de mal à notre pays. 2. Baisser les impôts pour tous, notamment la CSG et les impôts sur la production : - 25 milliards d’euros dans les deux cas, soit un «manque à gagner» de 50 milliards, mais qui sera en partie compensé par le rebond de la croissance et la suppression de nombreuses niches fiscales, ce qui permettra de récupérer au moins 30 milliards d’euros. Dans le même temps, il sera évidemment indispensable de baisser les dépenses de fonctionnement, qui ont flambé de 15,4 % en trois ans, contre + 12,5 % pour les dépenses totales. Elles représentent désormais 32 % de l’ensemble des dépenses publiques, contre 33 % pour l’ensemble des prestations sociales.

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Il faut s’attaquer au fléau de la fraude fiscale

Il est donc grand temps de les réduire d’au moins 50 milliards d’euros. Pour ce faire, il suffit de lire le rapport de la Cour des Comptes qui décrit chaque année l’ampleur des gaspillages de l’argent public. Il faudra également enlever quelques couches du millefeuille administratif, qui constitue la quintessence de la gabegie des dépenses de fonctionnement, qui, ne l’oublions pas, proviennent des impôts et taxes que paient les Français. De plus, il sera également déterminant de lutter contre toutes les fraudes : la fraude fiscale qui oscille entre 30 à 50 milliards d’euros par an, mais aussi la fraude sociale qui se situe entre 20 et 40 milliards d’euros par an, soit dans le pire des cas un gain de 50 milliards d’euros. Au total, le déficit public pourra donc être réduit sur une année d’au moins 80 milliards d’euros. Les solutions existent donc bien, il suffit simplement d’avoir le courage de les mettre en place !

Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI, auteur de 8 best sellers économiques, dont RESET II - Bienvenue dans le monde d’après, sorti en septembre 2022.

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