Depuis le 1er février, le taux du Livret A est tombé à 1,5 %, son plus bas depuis 2021. Une chute brutale, puisqu'il était encore à 3 % en janvier 2025. Mais la guerre au Moyen-Orient vient de rebattre les cartes. Les prix de l'énergie (gaz, électricité, gazole, essence…) ont bondi de 7,3 % sur un an en mars. L'inflation globale a ainsi augmenté à 1,7 %, contre seulement 0,9 % en février. Un saut de presque un point en un mois. Si cela n'est pas une très bonne nouvelle pour les ménages qui risquent d'avoir un budget plus serré, c'est le Livret A qui devrait en profiter…

En effet, pour s'assurer que le taux du Livret A reflète toujours la réalité économique, la Banque de France le révise deux fois par an (en février et en août), avec une formule précise. Elle prend la moyenne de l'inflation hors tabac sur les six derniers mois, à laquelle elle ajoute la moyenne du taux interbancaire européen (l'€STR), puis divise le tout par deux. Le résultat est arrondi au dixième le plus proche, avec un plancher à 0,5 %. C'est le gouverneur de la Banque de France qui formule la recommandation, et le ministre de l'Économie qui tranche. Pour la révision d'août, la formule s'appliquera aux données de janvier à juin 2026.

Livret A : ce que donnent les chiffres aujourd'hui

Jusqu'au 28 février, l'inflation restait très basse : 0,3 % en janvier, 0,9 % en février. Les experts anticipaient une révision vers 1,60 % en août, plus symbolique qu'autre chose. Mais avec la hausse de mars à 1,7 %, la moyenne semestrielle remonte nettement. Si l'inflation reste élevée en avril, mai et juin (ce qui est probable tant que le conflit maintient le pétrole haut), la moyenne de janvier à juin pourrait dépasser 1,3 %. De son côté, le taux interbancaire européen de référence tourne actuellement autour de 2 %, porté par la politique de la BCE.

Ainsi, si l'inflation reste au-dessus de 1,7 %, en faisant la moyenne avec les taux, le Livret A pourrait être revalorisé à 1,7 au lieu de l'estimation à 1,6 %. Qu'est-ce que cela changerait ? Concrètement, pour un Livret A plein à 22 950 euros à 1,7 % d'intérêts, cela représente 390,15 euros d'intérêts annuels au lieu de 344,25 euros aujourd'hui. Soit 46 euros de plus sur l'année.

Une révision plus tôt est-elle possible ?

Peu de gens le savent, mais en plus de février et août, la réglementation prévoit deux fenêtres de révision exceptionnelle dans l'année : un calcul au 15 avril pour une application au 1er mai, et un calcul au 15 octobre pour une application au 1er novembre. Ces révisions restent rares et n'ont été utilisées qu'une poignée de fois depuis 2008, mais peuvent être appliquées en cas d'écart significatif entre le taux en vigueur et le taux théorique calculé.

Pour l'instant, les conditions ne sont pas toutes réunies. C'est le gouvernement qui reste maître de la décision, et une révision exceptionnelle à la hausse de seulement 0,1 ou 0,2 point est politiquement peu probable : le gain pour l'épargnant serait trop faible pour justifier le signal envoyé aux marchés. Mais si l'inflation continue à grimper vite, la question d'une révision anticipée au 1er mai peut se poser.