
Lorsqu’il postule pour la première fois au sein de la société dans laquelle il restera vingt ans, Mohamed Amghar ne se doute pas de ce qu’on va lui demander. Comme il l’explique au Parisien, ce commercial de plus de 40 ans, père de trois enfants, réussit avec succès la phase de recrutement. Toutefois, celui qui va devenir son supérieur lui demande de changer de prénom. Il ne s’appellera plus Mohamed, mais Antoine. «Il y avait de la colère et de la honte», raconte celui qui décide tout de même d’accepter le poste.
Aucune explication ne lui est donnée, toutefois, il imagine que son prénom ne permettait pas «d’appeler, de prospecter (…) sous le prénom de Mohamed», ce qu’il considère aujourd’hui comme «du racisme et de la discrimination». Pourtant, pendant de nombreuses années, Mohamed va rester dans son entreprise et même collectionner les récompenses pour son bon travail. Mais toutes ou presque ont été attribuées au nom d’Antoine.
Débouté une première fois en 2022
Les récompenses, les badges, les cartes de visite et toutes sortes d’objets… le salarié va les conserver tout au long de ces vingt ans. Tout comme les fiches de paie qui comportent ses deux prénoms. Toutefois, en 2017, il décide de quitter la société. Dès l’année suivante, celle qui est désormais vice-présidente de la Licra, Me Galina Elbaz, va se saisir du dossier et assister Mohamed Amghar. La société Intergraph est mise en demeure, mais elle répond à l’époque de façon laconique : «On ne peut pas exclure que M. Amghar ait pu être à l’origine de ce prénom.»
Le salarié décide donc de porter l’affaire devant les Prud’hommes, indique Le Parisien. A sa grande déception, il est débouté en 2022, mais n’abandonne pas. Mais en début d’année, la cour d’appel lui donne finalement raison. Dans son arrêt, elle juge qu’il n’y a pas prescription, mais surtout que les faits ne sont pas «contestables» dans la mesure où les fiches de paie indiquent bien les deux prénoms. Une pratique étayée par des documents «internes à l’entreprise» qui n’établissent pas qu’elle «procéderait d’une demande de M. Amghar».
30 000 euros d’amendes pour la société
En outre, selon la cour d’appel, «l’ensemble de ce qui précède que la société Intergraph France échoue à démontrer que la situation dénoncée par M. Amghar était étrangère à toute discrimination à l’origine laquelle est établie.» Intergraph France est donc condamnée à 30 000 euros de dommages et intérêts pour discrimination, harcèlement moral et violation de la vie privée. Cette dernière n’a pas souhaité faire de commentaires auprès de nos confrères, d’autant que la société a été rachetée par un groupe suédois en 2010. «Nous restons fermement engagés à favoriser un environnement inclusif et respectueux pour la totalité de nos effectifs, de plus de 24 000 personnes», commente seulement Hexagon AB.
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