Le CPF a longtemps été présenté comme la grande avancée du financement individuel de la formation continue. Cumulé sur la durée de la vie active, mobilisable sans validation hiérarchique, accessible à tous, il a permis depuis 2019 le financement de millions de parcours de formation. Mais cette année deux réformes successives sont venues sérieusement encadrer son usage.

Depuis le 26 février 2026, les droits mobilisables sur le CPF sont plafonnés à 1 500 euros par action pour les certifications relevant du Répertoire spécifique — TOEIC, TOEFL, BULATS, Cambridge, certifications informatiques courtes, habilitations professionnelles. Le plafond est fixé à 1 600 euros pour les bilans de compétences et à 900 euros pour le permis B.

Quel que soit le solde disponible sur le compte de l'actif, ces montants ne peuvent plus être dépassés sur ces actions précises. Enfin depuis le 2 avril 2026, le reste à charge de l'apprenant est passé de 103,20 euros à 150 euros par dossier.

Sur le terrain, le panier moyen des inscriptions a déjà chuté de 35 %

Concrètement, un actif qui dispose de 3 000 euros sur son CPF et qui s'inscrit à une certification linguistique relevant du Répertoire spécifique ne peut désormais mobiliser que 1 500 euros de ses droits, doit payer 150 euros de reste à charge, et financer la différence par un abondement employeur ou un cofinancement. Sans démarche complémentaire, près de la moitié de ses droits accumulés peut rester bloquée sur son compte.

Six semaines après l'entrée en vigueur des nouvelles règles, les premiers effets se font déjà sentir chez les organismes de formation. Lingueo, qui forme chaque année plusieurs milliers d'actifs en langues étrangères et délivre la certification LILATE utilisée par plus de 200 organismes partenaires, observe une transformation nette de la demande. « Nous n'avons pas observé de véritable "rush" massif de dernière minute », analyse Arnaud Portanelli, cofondateur de Lingueo. Selon lui, l'effet de la réforme ne se mesure pas au volume des inscriptions, mais au montant moyen mobilisé par dossier. « Ce que nous constatons très clairement depuis la réforme, ce n'est pas une baisse du nombre de demandes, mais une forte baisse du montant moyen mobilisé », poursuit-il. Avant le plafonnement, le panier moyen des inscriptions chez Lingueo se situait autour de 2 000 euros. Il est aujourd'hui redescendu à environ 1 300 euros, soit une baisse de 35 %. L'explication tient à un comportement très répandu : faute de cofinancement, les actifs mobilisent uniquement ce qu'ils ont disponible sur leur compte CPF dans la limite des nouveaux plafonds, plutôt que d'aller chercher un financement complémentaire. Pour les formations en langues, où les parcours qualitatifs avec formateur dédié coûtent souvent entre 1 800 et 2 500 euros, le plafond à 1 500 euros oblige soit à raccourcir le parcours, soit à activer un autre levier de financement.

Le reste à charge à 150 euros, déclencheur ou frein ?

La hausse du reste à charge — de 103,20 à 150 euros — a été présentée par les opposants à la réforme comme un nouveau frein à l'accès à la formation. Sur le terrain, les acteurs du secteur la considèrent comme un montant raisonnable au regard de la valeur des compétences acquises, et soulignent son rôle de filtre contre les inscriptions opportunistes. « Le reste à charge de 150 euros ne doit pas être l'élément déclencheur ou bloquant d'une décision de formation. Lorsqu'un salarié ressent un vrai besoin professionnel, ce montant reste relativement raisonnable au regard de la valeur de la compétence acquise », estime Arnaud Portanelli. Plusieurs catégories d'actifs restent par ailleurs exonérées de ce reste à charge, parmi lesquels les demandeurs d'emploi inscrits à France Travail et les salariés dont la formation est abondée par l'employeur. Pour les autres, le règlement intervient au moment de l'inscription définitive sur la plateforme Mon Compte Formation.