
On peut dire de lui qu’il est un grand ponte de la médecine, en France et à l’international. Sa spécialité ? Les épaules cassées, les ruptures de la coiffe des rotateurs, un domaine dans lequel l’Hexagone excelle aujourd’hui quand il n’intéressait pas il y a vingt-cinq ans... Sur sa page Facebook «Philippe Collin shoulder», on peut le suivre en blouse bleue de bloc opératoire, le calot sur la tête, le masque devant la bouche, prêt à intervenir, ou en costume-cravate lors d’une conférence à l’autre bout de la planète. Il s’expose.
A dire vrai, rien ne le prédestinait à occuper ce poste de premier plan, à revendiquer 20 000 opérations. Rien. «L’école n’était pas vue comme un tremplin. Etre un jour médecin n’était pas concevable dans mon milieu social.» Un père ouvrier dans le bâtiment, avec tout juste le certificat d’études en poche, une maman sans aucun diplôme. Zéro pression. Avec le recul, il qualifie cette éducation «d’efficace».

Plusieurs parcours étudiants avant de trouver sa voie
Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), psychologie, sciences de l’éducation… il passe d’une filière à une autre avant de trouver sa première voie – le soin, «le care», avec les études d’infirmier –, puis la seconde : médecine, et la chirurgie. «J’ai eu la chance d’être né en Seine-Saint-Denis, à Aulnay-sous-Bois, et ainsi de pouvoir profiter d’un programme pour les paramédicaux, une passerelle expérimentale pour aller en médecine.» Et après, il déroule. Philippe Collin, 60 ans, partage volontiers ce parcours, sans ignorer que «des croyances peuvent être limitantes».
Chaque interview accordée lui vaut une vague de courriers. Il s’en réjouit et «prend le temps qu’il faut pour répondre. Il y a des gens que j’ai motivés. Pourquoi nous assignerait-on à notre condition initiale, interroge-t-il. Pourquoi j’aurais dû rester là ? Ce sont les questions à se poser. Je déteste les essentialisations. Je ne voulais pas avoir à me dire : tu aurais dû essayer. C’était haut, c’était dur, mais il fallait le tenter.» Les trajectoires comme la sienne ne sont pas légion en médecine. On est souvent médecin de père en fils. Et, quand ce chirurgien de l’épaule croise un autre médecin nouveau dans le sérail, «une forme de reconnaissance implicite se fait jour». Son père le regarde comme «le grand docteur». «C’est important, un docteur !»
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