Aurore Malherbes, cofondatrice de Padok

“Les femmes se mettent trop souvent en retrait pour de fausses raisons”

Plus d'une fois, elle a douté de ses compétences. A commencer, paradoxalement, quand elle est sortie, en 2015, de la prestigieuse école d'ingénieurs CentraleSupélec. Le fait d'être l’une des rares femmes à choisir la voie du développement Web donne à Aurore Malherbes, 29 ans, le sentiment de ne pas être à sa place. «Dès mon premier boulot, je me suis dit que j'étais moins forte que tous ces geeks qui s'amusaient à démonter leur ordinateur», se souvient cette Lilloise d'origine.

Les retours de ses managers ont beau être positifs, son complexe d'infériorité l'empêche de saisir les chances qui s'offrent à elle: «J'ai refusé un poste d'architecte informatique parce que je pensais ne pas être à la hauteur.» Une «grosse bêtise», juge-t-elle avec le recul, qui, heureusement, n'a pas vraiment eu d'impact négatif sur son début de carrière.

Quand, en 2018, elle caresse l'idée de lancer sa boîte, le doute revient en force. Elle se confie au directeur technique de l'entreprise où elle travaille : à 26 ans, lui dit-elle, elle pense être «trop jeune», elle ne connaît pas assez bien le domaine des «DevOps», la création et l'exploitation d'infrastructures informatiques… Une vraie crise de confiance. «Il m'a répondu, en substance, que dans nos métiers, on aime par-dessus tout apprendre. Que ne pas tout savoir, ne pas tout maîtriser au départ, cela fait partie du jeu !» Il lui conseille de… foncer.

Au démarrage de sa start-up Padok, qui aide des entreprises à organiser leur infrastructure pour le cloud, rebelote : Aurore est assaillie par l'angoisse. «Je me disais qu’ils allaient me trouver nulle et me prendre pour une usurpatrice qui n'avait pas la compétence technique à laquelle elle prétendait.» Dans ses pires cauchemars, l'entrepreneuse imagine que son staff se rebelle et la fait virer...

En discutant avec son associé, Clément David, elle parvient à désamorcer cet empoisonnant sentiment d'illégitimité. «J'ai compris que je n'avais pas à me comparer à eux. Ces informaticiens veulent coder sur des projets passionnants, pas prendre ma place de manager. Chacun son rôle, le mien étant de donner un cadre pour que ces experts puissent s'épanouir professionnellement.»

Encore aujourd'hui, le syndrome de l'imposteur revient parfois la titiller. Par exemple, lorsqu’elle se retrouve dans une réunion composée de directeurs techniques, en majorité des hommes plus âgés qu'elle. Mais, désormais accompagnée par un coach, l'entrepreneuse ne se laisse plus envahir par le doute. Mieux, dans le cadre de l'écosystème du start-up studio M33 (neuf entreprises, dont Padok, en sont issues), elle a participé à la création d'un groupe de mentoring pour des femmes confrontées au problème. «Nous en avons repéré qui ont refusé des postes de direction. Ce dispositif peut contribuer à leur faire prendre conscience que les femmes se mettent trop souvent en retrait pour de fausses raisons.»

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