
S’engager en franchise c’est comme signer un CDD dont vous ne pourrez pas vous défaire avant 5, 7, voire 10 ans selon la durée du contrat que vous allez signer avec le réseau. Voici 7 questions à vous poser avant de vous lancer.
1. Serai-je capable, en tant que franchisé, à suivre le concept à la lettre ?
Vous le savez mais cela va mieux en le disant, le modèle de la franchise est basé sur la réitération d’un concept et d’un savoir-faire éprouve par un franchiseur. En clair, même si vous êtes chef d’entreprise indépendant, vous n’avez pas les coudées franches pour faire tout ce que vous souhaitez dans votre point de vente, votre agence ou même dans votre activité qui ne nécessite pas de local. En tant que franchisé, vous allez devoir rentrer dans le moule. A savoir, respecter les codes de l’enseigne, les processus d’approvisionnement, les standards de communication, les prix, les outils informatiques… et croyez-le ou non, mais endosser cette casquette d’entrepreneur franchisé n’est pas donné à tout le monde. Vous allez devoir rouler pour votre boite mais aussi pour le réseau.
Lors de la sélection des candidats à la franchise, les enseignes cherchent du coup à éprouver leur futur loyauté. Chez Babychou services, un réseau spécialisé dans la garde d’enfants à domicile, demande aux candidats d’appeler des franchisés par échanger avec eux sur leur métier, la vie de l’enseigne… «S’ils tardent à le faire, cela nous inquiète car cela prouve qu’ils pensent d’abord à leur projet personnel et pas nécessairement à l’intérêt général du réseau. Nous sommes également à l’écoute des retours des franchisés qui ont été contactés. Le réseau est une personne à part entière qui doit grandir avec l’arrivée de chaque nouveau franchisé. Si ceux déjà en poste ont des avis mitigés, on creuse sérieusement la question avec le candidat», illustre Claire Lanneau, la dirigeante du réseau. Avant de signer, interrogez donc votre capacité à être dans une logique d’autonomie surveillée ou encadrée.
2. Ai-je l’âme d’un commerçant ou d'un commercial ?
Que vous optiez pour une enseigne de vente de produits ou de services, vous serez, du moins dans un premier temps, sur le terrain. Les mains dans le cambouis, au contact des clients et des prospects. C’est à vous que reviendra la lourde (et néanmoins capitale) tâche de faire décoller votre business. Vous devrez passer du temps à expliquer, convaincre, négocier, rassurer… tout ce beau monde. Et on ne s’improvise ni l’un ni l’autre. Vous allez devoir y aller avec les dents. Et accepter de parfois vous casser les … dents. Vous voilà prévenu !
3. Quid de mon changement de statut ?
Avant de vous lancer, posez-vous la question du maintien de votre train de vie précédent… ou pas. Et surtout examinez comment vous allez le financer. Car en franchise comme dans une création d’une entreprise classique, les revenus du départ sont bien souvent (voire toujours) en deçà de votre rémunération passée. Et surtout contrairement à un poste de salarié, les sommes perçues risquent de fluctuer tous les mois. Donc, listez les sources de revenus à disposition pour pallier les « mois les plus bas ». Êtes-vous éligible aux allocations chômage ? Si oui, pour combien de temps ?Allez-vous devoir taper dans votre épargne ? Si oui, de combien disposez-vous vraiment ? Est-ce le salaire de votre conjoint (conjointe) qui va servir à faire la jointure ou pas ?
Bref, il se peut que durant les premières années, vous soyez obligé de revoir votre train de vie à la baisse. Soyez au clair sur ce sujet car il ne s’agirait pas d’avoir des regrets une fois le contrat de franchise signé. De même, vous allez changer de statut. Par exemple, vous allez peut-être passer de cadre supérieur à franchisé. Dans les diners en fil, vous allez devoir assumer ce changement. Et là encore, même si les mentalités évoluent, en France, les manuels (boucher, garagiste, fleuriste…) ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur. Un nouveau statut social à assumer.
4. Mon entourage proche me suit-il dans mon projet de franchise ?
Par entourage proche, entendons votre compagne ou compagnon. En effet, vous lancer dans cette aventure entrepreneuriale va bouleverser les équilibres de votre foyer. Moins présent, davantage préoccupé, plus endetté, plus stressé… à la maison la donne va changer. Pour optimiser vos chances de réussite, ce projet doit «être validé» par la personne qui partage votre vie. Expliquez également à vos enfants quelle sera la nouvelle organisation de leur quotidien. Bien sûr, vous n’avez pas besoin de leur approbation pour vous lancer, mais ils doivent comprendre les conséquences à venir dans leur quotidien.
L’aval des proches est tellement primordial qu’au cours des processus de sélection, certains franchiseurs exigent la présence de la compagne ou du compagnon du candidat. Qu’il (ou elle) se montre moteur, positif, prêt à s’investir dans le projet, à pallier votre absence (durant les 2 ou 3 premières années), s’intéresse aux tenants et aboutissants du dossier, se projette à moyen long terme dans l’aventure… vous marquerez des points auprès du franchiseur. Et vous-même n’en serez que plus convaincant.
5. Quelle est ma capacité de travail ?
Sans vouloir vous affoler, entreprendre, même en franchise, ne va pas être un long fleuve tranquille. «Les semaines de 50-60 heures, week-end compris, risquent d’être légion. Même la nuit, vous risquez encore de rêver de votre point de vente. Ne sous-estimez pas la différence entre le monde du salariat et de l’entrepreneuriat. C’est un gap psychologique colossal», prévient Sylvain Bartolomeu, président du cabinet de consiel Franchise Management. Donc, êtes-vous à enchainer les journées à un rythme effréné, les nuits agitées, les week-end avec peu (voire pas) de vie sociale ? Comment envisagez-vous de vous accorder certaines «pauses» off pour prendre du recul sur votre business et continuer d’avancer ? Sur le sujet, mieux vaut toujours prévenir que guérir.
6. Suis-je fait pour manager ?
Selon l’activité retenue, vous serez peut-être dès le départ obligé de recruter une équipe et donc de la manager au quotidien. Tout en sachant que, comme elle, vous serez au début de votre entreprise de franchise. Vous avez été manager lors de votre précédente expérience professionnelle ? Parfait, un atout indéniable. Mais attention, en tant que TPE, vous ne disposerez évidemment pas des mêmes moyens et ressources pour manager que celles d’une PME ou, a fortiori, d’un grand groupe. Chez vous, point de responsable paie ou encore de DRH pour régler des problèmes. C’est vous et vous seul qui devrez motiver, engager, recadrer… vos collaborateurs. Si vous vous sentez l’âme d’un piètre manager, inutile de tenter le diable. Privilégiez peut-être un secteur dans lequel vous travaillerez en solo avec des clients et des partenaires !
7. Quel est mon degré d’aversion au risque ?
Même si en vous lançant en franchise, vous allez dupliquer un concept qui a fait ses preuves, ce n’est en rien une assurance tout risque. En tant qu’entrepreneur, vous allez devoir prendre des risques mesurés et réagir à bon escient par gros temps. Vous pourrez compter sur l’appui du franchiseur, mais aussi et surtout, sur vos ressources propres. «Un franchisé doit avoir de l’energie même quand il n’en a plus. Même si tout part en vrille, il doit rester optimiste et faire preuve de résilience. Dans leur recrutement, les franchiseurs ne sont, à mon avis, pas assez vigilants», regrette Sylvain Bartolomeu. Le réseua Babychou Services tente au maximum de mesurer au maximul l’aversion au risque des candidats. Comment ? «Ils posent d’abord des questions au développeur de notre enseigne. Par exemple "n’est-ce pas trop compliqué de recruter dans ce secteur ?". Si quand je les reçois, ils me redemandent la même chose, cela peut vouloir dire qu’ils ne seront jamais rassurés», illustre la dirigeante, Claire Lanneau. Si vous avez un profil suiveur, lorgnez plutôt du côté des enseignes bien établies.
Si, au contraire, la prise de risque ne vous tétanise pas, vous faites plutôt partie de la team des défricheurs. Rejoindre un jeune réseau pourrait également vous correspondre. Evidemment ne jouez pas les têtes brulées. Certains jeunes réseaux se lancent en franchise pour renflouer leurs comptes en encaissant des droits d’entrée. Mais derrière, il n’y a pas de réelle stratégie, ni savoir-faire viable derrière. Donc, être défricheur oui, mais aussi détecteur d’arnaques. C’est ça aussi savoir gérer les risques.
Caroline Dufeu, dirigeante du réseau Gino & Marisa

Le premier franchisé de son réseau de concept-stores spécialisé dans la gastronomie italienne n’a pas besoin d’être transalpin mais épicurien. «Il devra aimer manger et avoir l’art de recevoir chevillé au corps», note Caroline Dufeu. Mais un bon coup de fourchette ne suffira pas. «On s’assure que le candidat a compris le concept. Les quatre univers de notre marque (l’épicerie, le traiteur, la partie caviste et la restauration sur place) doivent être traités de manière équivalente. La restauration ne doit pas prendre le dessus sur l’épicerie, par exemple. Et vice versa. Donc, on met les pieds dans le plat direct avec les candidats», résume-t-elle.
Les futurs franchisés devront être capables de manager une équipe et d’absorber une lourde charge de travail. «On explique que nous avons mis trois ans et demi pour éprouver le concept, 6 jours sur 7 de 9 heures à 19h30. Sans éteindre leur optimisme du départ, on veut les prévenir que les premières années seront difficiles. Pas question d’imaginer pouvoir prendre cinq semaines de congés pour déconnecter», insiste-t-elle.
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