Religion et entreprise. Entreprise et religion. Face à la combinaison de ces deux mots, patrons et syndicalistes offrent tous, ou presque, le même front du refus : portes closes et bouches fermées. Attention, terrain miné. Matière inflammable. Matière explosive. Car les échos des affrontements opposant l’armée israélienne aux terroristes du Hamas résonnent jusqu’en France. Au risque, peut-être, de provoquer des tensions entre salariés juifs et musulmans dans les ateliers, les usines, les bureaux. «Des managers s’interrogent sur l’impact de cette guerre, abonde Géraldine Galindo, professeure de management à l’ESCP Business school et spécialiste du fait religieux. Ils redoutent que le soutien à l’un ou l’autre camp ne dresse leurs salariés les uns contre les autres

Foi et entreprise, un long passé

Cependant, l’allergie patronale au sujet n’est pas née avec les massacres dans les kibboutz ou les bombes sur la bande de Gaza. «Plusieurs fois, des conférences que je devais donner sur la diversité religieuse ont été annulées au dernier moment par les commanditaires», rapporte Géraldine Galindo. Par peur d’ouvrir la boîte de Pandore des revendications. Ou de jeter un peu plus l’huile sur le feu. L’inclusion et la diversité, d’accord, s’il s’agit d’égalité entre hommes et femmes, d’emploi des personnes en situation de handicap ou de respect des minorités sexuelles. Mais s’il est question de hidjab ou de prière, gare au danger. «Certains disent redouter de créer des problèmes là où il n’y en a pas, par exemple en faisant savoir que, oui, le port de signes religieux au bureau est autorisé», témoigne Lucy de Noblet, formatrice spécialisée. Parfois, c’est tout simplement… trop tard. Arrangements avec l’organisation du travail et concessions aux revendications religieuses font déjà partie du quotidien.

Les relations tumultueuses du binôme foi-entreprise ne datent pas d’hier. «Des conflits sociaux liés à des revendications religieuses sont repérés dès la fin du XIXe siècle», souligne Lionel Honoré, professeur en sciences de gestion, fondateur en 2012 de l’Observatoire du fait religieux en entreprise (Ofre) et auteur de «Manager la religion au travail» (Dunod, 2023). Dans les années 1970, puis deux décennies plus tard, l’industrie automobile est le théâtre de frictions mémorables. Ainsi chez Citroën, en 1982, quand des salariés musulmans exigent la mise à disposition de lieux de prière ou une pause quotidienne de trente minutes pendant le ramadan.

La suite est réservée aux abonnés
Offre spéciale -30% avec le code HIVER26
  • Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
  • Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
  • Lecture immersive, publicité limitée
  • Sans engagement