
C’est une statistique qui ne fait pas de bruit, mais qui grignote le pouvoir d’achat des futures retraitées : En 2024, 36 % des salariées femmes seniors étaient en temps partiel, contre 15 % des salariés hommes, selon des chiffres d’Agirc-Arrco. Alors que le débat public se focalise souvent sur l’âge de départ, on oublie que le temps de travail en fin de carrière est le curseur qui peut faire basculer une retraite de la sérénité vers la précarité.
Pourquoi cet écart entre les femmes et les hommes ? Il reflète d’abord une réalité sociétale et celle du marché du travail. À partir de la cinquantaine et jusqu’à l’âge de la retraite, les femmes sont souvent sollicitées pour s’occuper de parents vieillissants ou éventuellement pallier le manque de solutions de garde pour leurs petits-enfants. Sans oublier les métiers dit féminisés (propreté, services à la personne, grande distribution) pour lesquels le temps partiel est fréquemment subi, les employeurs préférant la flexibilité au détriment du temps plein, rendant difficile la complétion d'une carrière pleine.
Deux régimes obligatoires
Si le calcul est plus indulgent pour la retraite de base, ce n’est pas le cas pour la retraite complémentaire, ce qui explique le prix fort payé par les femmes. Pour la Cnav, il s’agit de cotiser sur la base d’un salaire équivalent à 150 heures au Smic, ce qui signifie qu’une femme travaillant à temps partiel peut valider ses trimestres annuels. Du côté de la retraite complémentaire Agirc-Arrco, c’est un régime qui fonctionne par points c’est-à-dire que vous obtenez strictement ce que vous achetez. Si votre salaire est divisé par deux à cause d’un passage à 50 %, vous accumulez deux fois moins de points.
Mais les épisodes de temps partiel plutôt courts ont une légère influence sur le montant de la retraite : « Un temps partiel de deux ou trois ans en fin de carrière n’a généralement pas d’impact notoire sur le montant final de la pension, prévient Alexandre Simon, expert retraite au sein d’Origami&Co, cabinet de conseil et d'accompagnement dans la préparation à la retraite. Les formules de calcul et la masse de points accumulés sur 40 ans lissent ces épisodes courts ». C’est à partir d’un seuil de 5 ans, et selon le niveau de rémunération que le manque à gagner peut devenir significatif.
L'impact chiffré selon les revenus
Pour s’en rendre compte, comparons deux profils types sur une durée d'activité totale de 25 ans. « À noter que ces calculs sont théoriques car ils se basent sur 25 ans et y intègrent les périodes de temps partiel 25 ans, précise l’expert. En règle général, le calcul se fait plutôt sur 40 ans, ce qui signifie que les années de temps partiel peuvent sortir de la moyenne des 25 meilleures années pour calculer le salaire annuel moyen sur lequel se basera la pension du régime général ».
Pour une salariée travaillant 22 ans à temps plein avec 24 000 € brut annuels qui finit sa carrière par 3 ans à temps partiel avec 12 000 € brut. « L’impact financier par rapport au même exemple sans temps partiel est de 63 euros en cumulant la retraite de base et la complémentaire, calcule Alexandre Simon. Pour un revenu plus élevé, à savoir15 ans à temps plein avec 84 000 € par an et 10 ans à temps partiel avec 42 000 €, la différence est de 609 euros de plus pour une personne sans temps partiel ». Du fait de la retraite complémentaire qui peut représenter plus de 50 % de la pension totale des cadres, plus le revenu est élevé, plus le temps partiel coûte cher à la retraite.
Temps partiel et retraite : quelles sont les solutions ?
Au sein du système obligatoire, il n’est pas possible de racheter des points Agirc-Arrco pour compenser un temps partiel, contrairement au régime de base où l'on peut racheter des trimestres. Pour limiter la casse, il existe la retraite supplémentaire (PER ou assurance-vie) pour se constituer une rente privée, faut-il encore en avoir les moyens. Pour les mères de trois enfants et plus, les majorations de points (souvent 10 %) peuvent aider à compenser une partie des points non acquis durant le temps partiel, même si cela ne remplace pas une cotisation pleine.



















