La retraite s'anticipe et d'autant plus lorsqu'on veut récupérer son épargne. Pendant des années, le PER est souvent présenté comme un outil de défiscalisation. Les versements volontaires peuvent être déduits du revenu imposable, dans les plafonds fixés par l’administration fiscale. Résultat : de nombreux souscripteurs se concentrent sur cet avantage immédiat, sans réellement anticiper la liquidation du plan.

« Certains professionnels ne parlent pas du tout de la sortie, parce que cela peut être un frein sur la mise en place du dossier. C’est plus simple de vendre un PER en disant seulement que l’on défiscalise », explique François Junior Odzali, conseiller en gestion de patrimoine, collaborateur associé chez Garantia & Associés.

Or, selon les règles fiscales rappelées par l’administration, les sommes issues des versements déduits sont soumises à l’impôt sur le revenu au moment de la sortie, tandis que les gains supportent leur propre fiscalité. La rente viagère, elle, est imposée comme une pension de retraite. En clair : ce qui a permis d’économiser de l’impôt pendant la carrière peut redevenir lourdement taxé à la retraite.

Sortir tout son PER en capital peut coûter très cher

Le premier réflexe consiste souvent à vouloir récupérer tout le capital d’un coup : aider ses enfants, financer un projet immobilier ou simplement sécuriser sa retraite. Pourtant, cette stratégie est souvent la plus pénalisante. « Vous avez défiscalisé pendant toute votre période d’activité, mais à la sortie, vous pouvez vous faire fortement taxer si vous récupérez tout le capital d’un coup », prévient l’expert.

Il prend l’exemple d’une infirmière libérale ayant ouvert son PER à 35 ans, avec 250 euros versés chaque mois pendant trente ans. Avec les rendements cumulés, le capital peut dépasser 200 000 euros au moment du départ à la retraite.

Le risque apparaît si cette somme est retirée intégralement en une seule fois. Cette sortie vient s’ajouter à la pension de retraite obligatoire déjà versée par la caisse de retraite de la profession. Le revenu imposable peut alors grimper brutalement et faire basculer le retraité dans une tranche supérieure de l’impôt sur le revenu.

En 2026, le barème prévoit notamment une imposition à 11 % entre 11 498 euros et 29 315 euros, puis à 30 % jusqu’à 83 823 euros, avant de passer à 41 % au-delà. Une sortie mal calibrée peut donc effacer une partie de l’avantage fiscal initial. « Il ne faut pas oublier que vous avez votre caisse de retraite obligatoire qui vous verse déjà votre retraite. Le PER, c’est un complément de retraite », rappelle François Junior Odzali.

Pour les professions libérales et les indépendants, la vigilance est souvent encore plus forte. Le PER a souvent servi de levier important de défiscalisation pendant la vie active, notamment pour les médecins, infirmiers, avocats ou consultants fortement imposés. À la retraite, récupérer trop de capital d’un coup peut alors annuler une partie de cet avantage fiscal. Même si chaque caisse de retraite possède ses spécificités, la logique reste la même : le PER vient compléter la pension principale, et non la remplacer.

Capital, rente ou sortie progressive : le bon arbitrage

Le PER peut aussi être débloqué avant la retraite dans certains cas précis : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin des droits au chômage ou liquidation judiciaire pour un indépendant, rappelle Service-Public.fr.

Chez les actifs plus jeunes, certains l’utilisent d’ailleurs comme un outil de préparation immobilière. « Pour les moins de 40 ans, on a parfois une logique de PER “2.0” : défiscaliser aujourd’hui et utiliser cette épargne plus tard pour l’achat de la résidence principale », explique-t-il.

À l’approche de la retraite, mieux vaut anticiper. Si un gros besoin de liquidités est prévu, certains arrêtent les versements vers 55 ou 60 ans, arbitrent une partie vers l’assurance-vie ou privilégient une sortie mixte : une partie en capital pour les besoins immédiats, puis une rente viagère pour lisser l’imposition. « Le bon conseiller intervient justement à la sortie : récupérer une partie en capital si besoin, puis conserver une rente viagère pour éviter une trop forte taxation », souligne l’expert.

Autrement dit, l’erreur n’est pas d’ouvrir un PER, mais de croire que tout se joue à l’entrée. En matière de retraite, la vraie optimisation commence souvent au moment de la sortie.