
Avec les multiples réformes, la retraite est devenue l’un des sujets les plus stratégiques de notre époque, à la croisée d’enjeux économiques, sociaux et personnels. D’autant plus qu’avec l’allongement de la durée de vie, selon les chiffres de l’INSEE, les Français passent en moyenne une vingtaine d’années à la retraite (23 ans pour les femmes, 17 ans pour les hommes, selon un chiffre de 2021). Dans ce contexte, la retraite progressive est une bonne alternative pour une transition en douceur pour les salariés comme les professions libérales ou les chefs d’entreprise.
Cette solution permet, dès 60 ans, de réduire son activité professionnelle tout en percevant une partie de sa pension. Pour y prétendre, trois conditions doivent être réunies : avoir cotisé au moins 150 trimestres, avoir atteint l'âge requis et exercer une activité à temps partiel (entre 40 % et 80 % d’un temps plein). « Même si la retraite progressive existe depuis les années 90, elle est longtemps restée dans l’ombre, explique Laure Moudenc, directrice générale d’Ombello, cabinet de conseil en retraite et rémunération. Il y a eu un regain d'intérêt depuis la crise du COVID-19 mais elle représente moins de 1 % des pensions versées ».
Le risque caché
Si la retraite progressive est un droit, encadré par la loi Seniors – l’employeur devant désormais justifier tout refus par des impératifs économiques – elle comporte une variable qu’il faut pouvoir appréhender. Une personne choisit ce dispositif, à 61 ans par exemple avec un temps de travail à 60 %, cela fait donc 60 % de salaire et 40 % de pension. Si son employeur la licencie ou lui impose une rupture conventionnelle, deux conséquences sont à prendre en compte.
« Le versement de la pension s’arrête car elle est liée à l'exercice d'une activité, alerte la directrice générale. Ensuite, les indemnités de chômage sont moindres puisque l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE) est calculée sur la base des derniers salaires perçus, donc le salaire à temps partiel, et non sur l’ancien revenu plein ». Le tout sans le complément de pension et sans recours puisque la loi interdit de solliciter une retraite progressive si l'on est au chômage, une activité devant impérativement être en cours.
Les points d’attention à retenir
Il y a quelques sujets sur lesquels il est nécessaire d’être vigilant. « Si vous négociez une augmentation ou changez d'employeur et que vos nouveaux revenus à temps partiel dépassent votre ancien salaire à temps plein, le versement de votre pension est supprimé dès le premier jour du mois suivant », souligne Laure Moudenc. Sans oublier la disparité entre les caisses qui induit que le salarié ne perçoit que la pension de base, réduisant considérablement le gain financier espéré. « Si le régime de base est systématiquement versé au prorata, certaines caisses complémentaires (comme l'Agirc-Arrco) peuvent appliquer des modalités différentes », note-t-elle.
L’autre point d’attention « Attention, votre employeur ne peut pas vous proposer de résilier votre contrat dans le cadre d’une retraite progressive », alerte l’experte. La bonne réponse ? L’avenant, pour garantir le maintien des avantages acquis. Pour faire face à la complexité des estimations et aux enjeux de la surcote, n’hésitez pas à vous faire aider par un conseil en droit social ou des instances représentatives (CSE). L’objectif est d’établir un dialogue constructif avec l’employeur.
Une stratégie possible
Pour gommer l’impact du temps partiel sur la pension future, vous pouvez demander la possibilité de cotiser sur la base d'un temps plein, avec l’accord de la direction. L’avantage ? Vous continuez à acquérir des droits comme si vous travailliez à 100 %. « Certes, cela implique des charges sociales (salariales et patronales) plus élevées, impactant légèrement le salaire net, décrit Laure Moudenc. Mais cela préserve le montant de l'ARE en cas de licenciement et celui de la rente définitive ».
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