15,7 millions. C’est le nombre de personnes qui, à la fin de l’année 2020, touchaient une pension de retraite de droit direct en France, selon l’édition 2025 de l’enquête sur les revenus des indépendants, publiée par l’Insee ce mercredi 21 mai. Parmi ces retraités, 1,4 million sont d’anciens indépendants. Pour la plupart, des exploitants agricoles – la moitié de ce total, mais aussi des artisans-commerçants (environ 500 000 personnes) et des professions libérales (quelque 180 000 retraités). Tous ont en commun d’avoir effectué l’essentiel de leur carrière dans un régime de non-salariés.

Et c’est bien là leur seul point commun. Car en matière de pension, les écarts sont flagrants. En 2020, un ex-indépendant perçoit en moyenne 1 180 euros brut par mois, tous régimes confondus et avant prélèvements sociaux. Un montant nettement inférieur à la moyenne observée chez l’ensemble des retraités, qui s’élève à 1 540 euros. Ce sont d’ailleurs les anciens agriculteurs qui tirent la moyenne vers le bas, avec une pension mensuelle de 810 euros. A l’inverse, les professions libérales s’en sortent très nettement mieux, avec une pension moyenne de 2 570 euros. Soit plus du triple de la retraite d’un exploitant agricole ! Pire encore, un quart des anciens non-salariés – soit 350 000 retraités – perçoivent une pension encore plus faible que celle des agriculteurs, et inférieure à 800 euros par mois…

La retraite des indépendants n’échappe pas aux inégalités de genre

Mais les inégalités de pensions ne sont pas déterminées par le seul secteur d’activité. Sans surprise, le genre entre aussi en ligne de compte. Dans tous les groupes d’ex-indépendants, les femmes perçoivent ainsi des retraites bien plus faibles que leurs homologues masculins. L’Insee le confirme, «l’écart est de 31 % parmi les exploitants agricoles» et grimpe jusqu’à «41 % chez les artisans-commerçants». Concrètement, alors qu’un ex-indépendant touche une pension moyenne de 1 440 euros, tous secteurs confondus, une femme dans la même situation doit se contenter de 840 euros.

Les causes de ce fossé abyssal (7 200 euros par an) sont bien connues : des carrières plus souvent hachées, marquées notamment par les interruptions liées à la maternité. Ce qui réduit mécaniquement le nombre de trimestres validés, les revenus cotisés et, au bout du compte, la pension perçue au moment de la retraite. Et c’est en croisant secteur d’activité et genre que les inégalités explosent. Une femme ex-agricultrice perçoit en moyenne 670 euros de pension, quand un homme ayant exercé une profession libérale touche 2 930 euros brut. Soit plus de quatre fois plus !

Une nuance importante toutefois : comme le rappelle l’Insee, «les retraités étant ici classés selon leur régime principal, une fraction de leur pension totale peut provenir d’autres régimes [complémentaires] ». Autrement dit, les montants mentionnés ne sont pas forcément le reflet exact de leurs revenus à la retraite, notamment pour celles qui auraient cotisé dans plusieurs régimes au fil de leur parcours. Les écarts peuvent donc s’atténuer très légèrement, une fois l’ensemble des pensions additionnées.