Rares sont les marques qui, à l’instar de Frigidaire ou de Sopalin, deviennent des noms communs. La Mobylette, marque de cyclomoteurs lancée en 1949 par la société Motobécane, fait ainsi partie des quelques antonomases de la langue française. Une singularité qui place la «Mob», son diminutif affectueux dans la bouche des utilisateurs entre 1970 et 1990, au rang d’objet culte du Made in France. Cette exception n’a pas échappé à Jacky Thoonsen. Président fondateur à Châteauroux de Thoonsen Trading, société spécialisée dans les systèmes antivols pour la grande distribution, l’industriel s’était lancé en 2022 dans la livraison du dernier kilomètre via la fabrication de vélos spécialement adaptés.

«Des enseignes me faisaient régulièrement remarquer que mes vélos de livraison, ultra-solides et trapus, ressemblaient à des mobylettes, précise Jackie Thoonsen. L’idée de reprendre cette marque célèbre disparue a donc germé dans mon esprit et s’est concrétisée». Rachetée en 1986 par Yamaha, qui arrête la fabrication des Mobylettes en 2002, elle passe six ans plus tard, en 2008, dans le giron du constructeur italien Innocenti. La maison mère des scooters Lambretta, qui ne sort aucun deux roues pendant cinq ans, la laisse en déshérence et ouvre le champ libre au nouveau repreneur de l’Indre.

© Thierry Vincent/Mobylette

La nouvelle Mobylette redessinée par le bureau d’étude de Thoonsen Trading reprend l’ADN de son ancêtre d’après-guerre : un moyen de transport utilitaire, léger (35 kilos) et peu onéreux.

Deux roues utilitaire rural

Pour relancer un cyclomoteur, Thoonsen Trading ne s’inspire pas par hasard du modèle historique de la Mobylette, la AV 33. Pratique, léger et peu coûteux à l’entretien, ce modèle rudimentaire était dans les années 50 très apprécié par les ouvriers des zones rurales pour se rendre sur leur lieu de travail. Deux-roues le plus populaire à l’époque avec le Solex, la Mobylette AV 33 s’est écoulée à un million d’exemplaires. «Nous avons entièrement redessiné le design et largement amélioré son empreinte carbone, grâce une batterie électrique, et ses performances de route avec une vitesse de 45 km/h, mais l’ADN de la Mobylette est le même, assure le constructeur. Elle reste un véhicule utilitaire adapté notamment à la circulation en campagne, souvent dépourvue de transports en commun, et à la portée de nombreuses bourses à 3 500 euros».

Actuellement en cours d’homologation auprès de l’organisme espagnol de certification IDIADA, la Mobylette électrique devrait en principe être commercialisée à partir de la rentrée de septembre prochain. Thoonsen Trading, qui vient d’investir trois millions d’euros pour rénover l’ancien site castelroussin du boulanger industriel Harrys où il déménagera d’ici l’été prochain, table à ce stade sur une production annuelle de l’ordre de 1800 exemplaires. Avec d’ores et déjà un premier client, le conseil départemental de l’Indre.