L’intérimaire n’aura pas fait long feu. À peine 15 jours après sa nomination comme patron temporaire, Duncan Minto va désormais devoir laisser les rênes de Renault à un nouveau titulaire officiel. Le conseil d’administration a avalisé la nomination de François Provost au poste de directeur général du groupe automobile en ce mercredi 30 juillet 2025. C’en est fini des pronostics sur les autres potentiels successeurs, comme Maxime Picat (ex-Stellantis) ou encore Denis Le Vot, chef de Dacia. Actuellement directeur des achats et des affaires publiques, François Provost est une surprise puisqu’il est peu connu du grand public. Pourtant, on le décrit aussi comme le «technicien» de la Renaulution, le plan oeuvré par son prédécesseur Luca de Meo pour remettre Renault à flots. Ce fin stratège sort aussi de sa botte un parcours professionnel qui se distingue par une solide formation administrative : après des débuts au ministère de l’Économie et des Finances, il travaille au sein du ministère de la Défense, avant d’entrer chez Renault en 2002. Il y a ainsi gravi les échelons, entre fonctions commerciales et directions locales au Portugal, en Russie puis en Asie-Pacifique. De retour en Europe, Luca de Meo lui confie le développement international et les partenariats. L’homme a donc acquis une connaissance approfondie des rouages du groupe et de ses enjeux mondiaux, ce qui a sans doute fait pencher la balance en sa faveur.

Le nouveau patron de Renault devra enfiler son costume de super-héros

Toutes ses responsabilités précédentes pourront influencer sa vision en tant que capitaine du navire Renault, ce qui pourrait ouvrir la voie à une continuité et une optimisation des plans en cours, plutôt qu’à une rupture totale. Quoiqu’il en soit, François Provost va devoir enfiler son costume de super-héros pour relever plusieurs défis, quelque peu costauds. Et ce dans le cadre de la nouvelle feuille de route appelée Futurama, dont les principaux axes stratégiques devront être révélés prochainement.

Le premier chantier sur lequel le nouveau patron doit se concentrer est sans nul doute l’aura de Renault à l’international. Au fur et à mesure, et avec la fin de l’alliance avec Nissan ou encore l’impasse faite sur les marchés américains et chinois, Renault est devenu un constructeur de petite taille. La priorité semble être de tenter un nouveau rapprochement avec un acteur chinois, et de retrouver un partenariat pour poursuivre sa marche, à l’heure des investissements de masse dans l'électrique, les logiciels et la voiture autonome. L’an dernier, Renault a vendu 2,3 millions de véhicules, soit une chute de 40% par rapport à 2018. Ce décrochage s’explique en grande partie par la contraction du marché européen, bastion historique du constructeur, et par le retrait du marché russe, qui ont fait fondre les volumes de 1,5 million de ventes.

Et Dacia alors ? Denis Le Vot n’a pas été choisi pour diriger le groupe Renault. Le gardera-t-il en travers de la gorge ? Pourrait-il claquer la porte ? Il serait légitime de sa part d’aller voir ailleurs après cet échec, alors qu’il figurait dans les favoris. Un sujet sensible, et qu'il ne faut pas prendre à la légère puisque la marque fait un carton plein depuis quelques années, sous la baguette de ce même dirigeant. Selon les analystes financiers, la marque Dacia génère une marge opérationnelle qui flirte avec les 12% depuis l’arrivée de Denis Le Vot en 2021, soit deux fois plus que la marque Renault.

Autre potentielle étape à passer, celle du recrutement du design, alors que le papa des R4 et R5 est allé voir ailleurs. Le très réputé designer automobile Gilles Vidal a en effet décidé de revenir chez Stellantis après cinq ans passés au sein du Losange, pour relancer les petites voitures mythiques en électrique.

Et pour finir, il y a le cas Alpine à trancher. Le but pour l’ancien boss était de faire de cette marque française une marque premium sportive au rayonnement mondial, rapidement. Sauf que Luca de Meo l’a avoué lui-même avant son départ il y a quelques semaines, cette élévation dans l’industrie auto prend en fait presque 20 ans…Faut-il revoir à la baisse les ambitions pour la griffe sportive de Dieppe, aux 4600 exemplaires vendus ? Le futur patron pourrait effectivement y songer, surtout que le contexte n’est plus favorable, alors que les droits de douane voulus par Donald Trump s’imposeront aux États-Unis.

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