
Avec un litre d’essence ou de gazole à plus de deux euros actuellement, les automobilistes souhaitant changer de véhicule réfléchissent à deux fois avant de faire leur choix. Chez les concessionnaires et garages, les véhicules électriques ont en effet retrouvé des couleurs, pour des motifs aussi bien économiques qu’écologiques. Mais un véhicule électrique reste cher à l’achat à l’heure actuelle, avec des tarifs en moyenne entre 20% et 30% plus élevés. Raison pour laquelle le gouvernement a mis en place un bonus écologique. Affiché à 4 200 euros pour les ménages les plus modestes jusqu’à fin 2025, il est passé cette année à 5 700 euros.
Toutefois, comme le rapporte Midi Libre, malgré les 18 milliards d’euros injectés dans les différents dispositifs depuis 2018, les aides sont mal ciblées, déplore la Cour des comptes. Dans un rapport rendu public le 1er avril, l’institution remet en question ces aides, souvent trop éclatées, qui n’ont, d’une part, pas permis d’enrayer le déclin du secteur automobile (-59% de production depuis 2000), et, d’autre part, de permettre d’atteindre l’objectif de deux millions de véhicules électriques produits d’ici 2030. «La cible de 40% de véhicules électriques en 2027 ne sera vraisemblablement pas atteinte», tance la Cour dans un premier temps.
Chute des ventes de véhicules neufs
Mais ce n’est pas tout. La présidente de la première chambre, Carine Camby, ajoute que les objectifs de production sont bien loin de ceux annoncés : «180 000 véhicules électriques et 300 000 véhicules hybrides ont été produits en 2024, alors que France 2030 fixait un objectif de production de deux millions de véhicules électriques en 2030. On en est loin.» Dans le même temps, la chute des ventes de véhicules neufs s’est poursuivie : seulement 1,6 million en 2025 contre 2,2 millions en 2019. Et si les aides se sont succédé, de la prime à la conversion au bonus écologique, en passant par le leasing social, elles seraient mal utilisées.
Au total, 2,4 millions de bénéficiaires ont touché 9,4 milliards d’euros de ces aides. D’après la Cour des comptes, il faudrait se focaliser sur les plus modestes, alors que tous les foyers peuvent aujourd’hui toucher 3 500 euros au minimum. En se basant sur les chiffres de 2024 (205 000 voitures électriques vendues), la Cour note que «56% des véhicules soutenus et 33% des montants d’aides concernaient les ménages des déciles 6 à 10», à savoir les plus aisés.
Davantage de véhicules électriques produits en France
La rapporteure spéciale, la sénatrice Christine Lavarde, recommande de «limiter l’éligibilité de la prime aux ménages modestes ainsi qu’à la classe moyenne» afin de pouvoir «permettre de majorer le montant» et «d’augmenter le montant des aides à l’achat de véhicules utilitaires légers électriques» pour les PME et TPE. Enfin, pour concentrer les soutiens vers les petites voitures électriques, le rapport préconise de diminuer le plafond de prix des véhicules éligibles à la prime et au leasing social. Seule éclaircie au tableau : la part de véhicules aidés et produits en France, qui a bondi de 10% à 38% en deux ans, avec notamment l’exclusion des véhicules chinois.




















