
Limiter au maximum l’exposition de la population française au cadmium. Tel était le but de la proposition de loi soutenue par la gauche, ainsi que les groupes MoDem, Horizons, et Renaissance, mais contre l’avis du gouvernement. Le texte a été adopté à l’Assemblée nationale mercredi soir par 144 voix contre 22 et prévoit une trajectoire ambitieuse de réduction des taux maximums autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés. Félicitant «la mobilisation citoyenne (qui) a marché», la militante écologiste Camille Etienne a salué «une très belle victoire».
Si le ministre délégué à la Transition écologique a, lui, reconnu une «sur-imprégnation de la population française au cadmium par rapport à nos voisins européens», il a remis en cause «le rythme de la baisse» qui «n’est pas réaliste» et un texte qui risquerait de mettre «à mal notre souveraineté alimentaire» et «fragiliser nos filières». Pourtant, comme l’avaient résumé les porteurs du texte, comme Clémentine Autain (L'Après) Benoît Biteau (Ecologiste et Social), le cadmium est une «bombe sanitaire». Classé cancérogène, le cadmium est un métal lourd mutagène et toxique.
40% des engrais phosphatés importés du Maroc
Or, comme le souligne Franceinfo, après son absorption par les cultures via les engrais, le cadmium se retrouve dans la chaîne alimentaire et finit dans le corps des Français, jusqu’à provoquer de nombreux troubles (reins, poumons, etc.) voire des cancers. Si, selon Benoît Biteau «la population française est contaminée comme aucun autre peuple européen», la toxicologue à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses), Géraldine Carne, insiste sur le fait que «près de la moitié de la population adulte (47,6%) dépasse les valeurs toxicologiques de référence». Pain, riz, pâtes… il y en aurait dans toutes sortes d’aliments.
Pourquoi ? A cause des engrais phosphatés importés en France. Or, une grande partie (40%) du Maroc, un pays dans lequel les roches sont riches en cadmium, contrairement à celles d’autres pays comme l’Afrique du Sud ou de la Russie, précise l’Anses. Aujourd’hui, les sols français sont largement plus chargés en cadmium que ceux de ses voisins européens, même «deux fois plus contaminés que les sols d'Europe», détaillait Benoît Biteau dans un documentaire sur France 5. Que ce soit l’Italie, la Belgique ou encore l’Allemagne, tous s’approvisionnent dans le nord de l’Europe.
Une dérogation accordée à la France
Alors, pourquoi la France continue-t-elle de s’approvisionner autant au Maroc ? Pour des raisons économiques et de partenariat de longue date. Mais aussi pour des raisons géopolitiques, expliquait sur France Culture le toxicologue Olivier Laprévote. En effet, de nombreuses roches pauvres en phosphate se trouvent en Russie, par exemple. Il faut ajouter à cela une dérogation dont bénéficie la France qui lui permet d'utiliser des engrais bien plus chargés en cadmium que le plafond fixé au sein de l'Union européenne.
Si la limite est fixée à 60 mg/kg au niveau européen, rappelle l’Anses, la France peut utiliser des engrais phosphatés avec des taux de cadmium allant jusqu’à 90 mg/kg. L’Anses demande ainsi de baisser ce taux très rapidement à 20 mg/kg d'engrais. Le texte adopté mercredi soir à l’Assemblée est plus prudent, avec une baisse à 40 mg/kg en 2027 et 20 mg/kg à partir de 2030. Le gouvernement plaidait quant à lui pour une baisse à 20 mg/kg également, mais seulement en 2038. Et si le géant marocain du secteur, OPC, assure avoir réduit la teneur de ses engrais en cadmium, ses opposants disent le contraire. Quoi qu’il arrive, même si ces baisses sont actées, la teneur en cadmium dans les sols ne devrait pas disparaître avant de nombreuses années.




















