
«La France doit cesser de fermer les yeux» exhortent le Conseil du commerce de France (CdCF), la Confédération du Commerce de France (CDF) et leurs fédérations adhérentes et plus de 230 enseignes et détaillants du commerce dans une lettre ouverte récemment adressée au gouvernement. Le Sénat a examiné lundi la proposition de loi adoptée par l'Assemblée visant à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile. Dans leur viseur : la fast fashion et leurs incarnations Shein, Temu et AliExpress. Pour les signataires de la lettre, il ne faut pas y aller par quatre chemins et déréférencer les géants chinois de la mode jetable.
Déréférencer, qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement faire en sorte que les trois sites concernés n'apparaissent plus sur les moteurs de recherche, dont Google. «La loi française donne déjà les moyens d’action» plaide la lettre ouverte, qui rappelle que le Code de la consommation permet à la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF), en cas de manquements graves et persistants, d’ordonner le déréférencement. Dans ce cas, les sites seraient toujours accessibles en tapant directement leur adresse dans la barre de recherche. Mais la CdCF et la CDF aimeraient aller encore plus loin avec la suspension voire le blocage de l'accès.
94% de produits contrôlés «non conformes»
En d'autres termes : les acteurs du commerce français appellent à bannir Shein, Temu et AliExpress du marché hexagonal, rappelant les chiffres qui justifieraient cette mesure, déjà brandis par la ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin : 94 % des produits contrôlés en provenance de ces plateformes sont «non conformes» et 66 % sont «dangereux». Les contrôles révèlent «des vêtements contenant des substances interdites, des tenues ou chaussures non conformes, sans traçabilité ni étiquetage réglementaire» alerte la lettre ouverte. «Matériaux inflammables, semelles instables, teintures à risque… Ces produits franchissent nos frontières sans filtre».
Mais bloquer l'accès aux trois sites chinois est-il seulement possible ? Oui, veulent croire la CdCF et les autres signataires de la lettre ouverte, car un précédent existe : Wish. Fin 2021, la DGCCRF avait décidé le déréférencement de cette plateforme américaine commercialisant des produits à très bas prix jugés dangereux. Une décision prise après plus d’un an de relevés, confirmée par la justice, qui avait abouti à l'interdiction pour le site d’écouler ses produits sur le territoire. Wish avait ainsi été banni pendant plus d'un an, le temps de prendre des engagements permettant le rétablissement de son accès en France.
Les revenus de Wish s'étaient effondrés après son blocage en France
«Le cadre juridique existe, le chemin est balisé. Il est temps de l’emprunter à nouveau» plaide la lettre ouverte adressée au gouvernement par les représentants du commerce français, selon qui «le contexte international» nécessite d'agir vite : «Aux États-Unis, la pression réglementaire s’intensifie. L’Europe devient leur marché de repli. Si la France ne fait rien, elle sera submergée par un tsunami de millions de produits non conformes, à bas prix et dangereux, notamment pour les enfants.» Les signataires appellent la DGCCRF à «faire appliquer sans délai les procédures prévues par la loi : mise en demeure, puis déréférencement, voire blocage si nécessaire.» Pour rappel, l'interdiction de Wish en France avait provoqué une chute de ses revenus de plus de 75% le trimestre suivant.


















