
600 millions de colis par an. C’est le déluge qui s’abat sur la France, orchestré par les géants chinois Shein et Temu. Pour y faire face : une proposition de loi pour freiner la frénésie consumériste à bas prix, portée par une industrie textile plus toxique que jamais pour la planète. Baptisé «loi fast fashion», le texte législatif, voté à l’unanimité en mars dernier à l’Assemblée nationale, a aussi franchi l’étape du Sénat et s’apprête à passer en commission mixte paritaire.
Pour Christine Loizy, la directrice générale de Primark France, enseigne de mode irlandaise à petits prix qui compte 460 magasins dans 17 pays du monde, dont 28 en France, pas d’inquiétude. Mieux : elle salue même l’initiative. «Cette loi permet de définir qui fait quoi et de ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Comme Zara, Kiabi ou H&M, nous payons des impôts en France, nous sommes pourvoyeurs d’emplois et nos produits respectent les normes de qualité et de durabilité», confie-t-elle à Capital. Message clair : Primark revendique le statut de fast fashion, mais sûrement pas d’ultra fast fashion. Nuance stratégique alors qu'il y a encore quelque temps, Primark était elle-même mise au ban des accusés avec ses gammes de produits très accessibles.
7 500 articles vendus dans les magasins Primark
Et parmi les points cruciaux de cette loi : la définition épineuse de l’ultra fast fashion. Celle-ci devrait être caractérisée par la fixation du nombre d’articles mis en vente chaque année. Là où Shein innove avec 7 000 nouveaux modèles chaque jour, Primark se limite à 7 500 références en magasin (mode, chaussures, accessoires et maison) et deux collections par an. Seule ombre au tableau pour les enseignes traditionnelles : le système de bonus/malus qui s’applique en fonction de l’impact environnemental des produits textiles. «Nous sommes peu inquiets, on est dans les clous. Aujourd’hui 66% de nos produits sont fabriqués à partir de coton bio, de coton durable ou de matières recyclées», détaille Christine Loizy.
Être l’enseigne de mode la moins chère du marché
Quatrième marque la plus vendue dans l'Hexagone avec 4% de part de marché, Primark France (1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires à fin septembre 2024) nous assure ne pas pouvoir rivaliser avec Shein et Temu sur la politique tarifaire. «Notre credo : être l’enseigne de mode la moins chère du marché. Mais on ne peut pas se comparer à Shein et Temu sur les prix, c’est impossible puisque notre modèle est fondé sur des magasins en physique», assure-t-elle. Pour obtenir des produits à petits prix, Primark assure sa production auprès de centaines de partenaires sous-traitants, essentiellement basés en Asie du sud-est. Si 98% d’entre eux travaillent également avec ses concurrents du prêt-à-porter tels que Zara ou H&M, Primark nous certifie que Shein et Temu n’en font pas partie. La guerre du vêtement à prix cassé ne fait que commencer. Et sous les spotlights législatifs, chaque acteur essaie de prouver qu’il n’a pas le chiffon sale.



















