La «très haute altitude» ou THA, vous connaissez ? Ce terme désigne la zone hautement stratégique qui se situe entre 20 et 100 kilomètres au-dessus de la surface de la terre. Souvenez-vous, en février 2023, un «ballon chinois» avait été abattu par un chasseur américain après avoir survolé le Canada et les Etats-Unis. Mais la Chine n’est pas la seule à faire usage de la très haute altitude, devenue un espace de conflictualité.

On parle de «zone grise» pour qualifier la THA. En effet, «la Convention de Chicago (1944) dit bien qu’espace aérien est souverain au-dessus des Etats. Mais elle ne dit jamais où s’arrête l’air. Le traité de l’espace de 1967, dit à l’inverse que l’espace est libre de circulation sans préciser où commence l’espace», a expliqué le général de la brigade aérienne Alexis Rougier lors d’une conférence de presse du ministère des Armées le 26 juin. Or, «ne pas pouvoir agir dans la THA exposerait la France à des vulnérabilités exploitables par ses compétiteurs maîtrisant cet environnement», a affirmé le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, le mardi 17 juin, date à laquelle le gouvernement a présenté sa stratégie pour se protéger et agir dans la «très haute altitude».

L’armée a lancé une campagne de tirs d’essais de missiles

«Il s'agit pour la France de faire face de manière crédible à ces nouveaux rapports de force et de pouvoir y exercer une supériorité opérationnelle», a résumé, à cette occasion, Sébastien Lecornu. «C'est un programme ancien (il remonte aux années 1990, ndlr) sur lequel on a décidé de remettre de l'argent», a indiqué le ministre, selon qui «la question des alertes avancées est un enjeu de souveraineté», alors que Paris dépend pour l'heure de Washington dans le domaine de la «très haute altitude».

Et ça commence maintenant. Lundi 23 juin, l’armée à lancée une campagne de tirs d’essais de missiles Mica ciblant des ballons stratosphériques opérant dans cette zone. Cet essai par des avions de chasse a été effectué par le Centre national d’études spatiales (CNES). «Cette opération a permis de tester et de valider les capacités de détection et d’interception des objets en très haute altitude marquant ainsi une étape cruciale dans la mise en œuvre de la nouvelle stratégie» présentée par le gouvernement, précise le ministère des Armées.

On distingue deux types d’appareils capables de se mouvoir dans la «très haute altitude» : les HAPS pour high altitude permanent system. Il s’agit par exemple des ballons ou encore des avions solaires. Il existe aussi des armements hypervéloces qui par leur vitesse sont susceptibles d’évoluer à ces fortes altitudes.

Opérer dans la «très haute altitude» présente trois «gains opérationnels stratégiques», a clarifié le Général Rougier. «La longe d’abord. En effet, les ballons peuvent faire le tour de la terre et les armes hypervéloces frappent à plusieurs milliers de kilomètres. La permanence ensuite. Les Haps sont susceptibles de voler plusieurs mois jusqu’à une année et de survoler des zones d’opérations et de mener des missions d’observation, de télécommunications, de renseignement. Le troisième gain opérationnel c’est la survivabilité grave à l’altitude ou bien par la vitesse associée à la manœuvrabilité qui permet de percer les systèmes adverses»

Le ministère de l’Armée met le turbo sur la «très haute altitude»

Paris entend donc disposer «à court terme de moyens nationaux d'appréciation de situation et d'action dans cet espace». Cela passe notamment par l'adaptation des radars existants pour être capables de regarder plus haut et par un financement de 2 millions d'euros pour développer le radar transhorizon Nostradamus installé en Normandie, qui permet une détection précoce malgré la courbure de la Terre.

Le gouvernement souhaite également développer ses propres ballons, comme le BalMan, un engin manoeuvrant à près de 25 kilomètres d'altitude qui peut servir de relais de communication ou de capteur de renseignement. BalMan doit être qualifié lors d'un vol en fin d'année en Guyane et le ministère va y consacrer 5 millions d'euros. La France entend également financer pour 2,3 millions d'euros l'avion solaire Zephyr d'Airbus, qui a déjà réalisé un vol de plus de 60 jours à 20 kilomètres d'altitude.

L'armée de l'Air veut par ailleurs développer ses capacités d'interception des engins volant à très haute altitude, qui sont considérés comme des pseudo-satellites (HAPS), comme le Zephyr. D'ici 2030, elle veut enfin pouvoir compter sur le Stratobus, un dirigeable HAPS pouvant voler un an à 19 kilomètres d'altitude et capable de porter une charge utile de 450 kg. Elle y consacre 10 millions d'euros. Elle mettra en place pour cela une unité spécialisée dans les HAPS, installée sur la base aérienne d'Istres (sud de la France).