Missiles Mistral, canons Caesar, avions Rafale… À marche forcée, l’industrie française de défense accélère. Dans un entretien accordé le 15 avril à Challenges et dont BFMTV s'est récemment fait l'écho, Emmanuel Chiva, Délégué général pour l’armement (DGA), assure que «l'industrie de défense est capable, si on lui donne les commandes nécessaires, de doubler sa production à court terme, dans certains domaines.» Sur le terrain, grandes entreprises comme PME sont mobilisées, d'Airbus à Safran, de Dassault à Thales, en passant par les 4 500 PME/ETI et start-up de la base industrielle et technologique de défense française.

Côté artillerie, les résultats sont déjà tangibles. Le canon Caesar conçu et fabriqué par KNDS France, produit à deux exemplaires par mois avant le conflit ukrainien, est passé à six en 2023, avec un objectif de 12 par mois en 2025. Même dynamique pour le missile sol-air Mistral de MBDA, dont la cadence mensuelle a doublé, passant de 20 à 40 unités. Des efforts salués par le ministère des Armées, qui met en avant l’efficacité prouvée de ces équipements sur le terrain ukrainien.

Gagner un point de cadence prend entre 18 mois et deux ans

Mais l'accélération n’est pas uniforme. Pour les équipements complexes ou produits en faible volume — comme les frégates ou les sous-marins, beaucoup moins commandés — l’enjeu n’est pas tant de doubler les cadences que de gagner quelques mois sur les délais de production. Et même là où l'effort est possible, il ne se décrète pas d’un claquement de doigts. Gagner un point de cadence prend entre 18 mois et deux ans, le temps de s’assurer que la chaîne de sous-traitance suive, en matériel comme en main-d'œuvre.

En attendant que les commandes de l’État s’amplifient, les industriels peuvent encore compter sur l’export pour soutenir leurs lignes. Mais la concurrence est féroce, avec des pays comme la Corée du Sud ou la Turquie qui montent en puissance. Le cap, lui, est fixé par la Loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM), censée incarner l’effort budgétaire et stratégique voulu par l’exécutif. Fin avril, rapporte BFMTV, Emmanuel Chiva déclarait que la DGA devait être «un investisseur avisé et responsable», capable de «concilier les difficultés budgétaires, l'exécution de la LPM et la prise en compte des nouvelles missions d'aide à l'Ukraine».