La Corée du Nord est-elle devenue le pilier discret de la machine de guerre russe ? Depuis plusieurs mois, les drones Shahed occupent une place stratégique dans l’arsenal miliaire déployé par Moscou en Ukraine. Initialement importés d’Iran à partir de 2022, ces engins sont désormais produits localement, dans des usines implantées au cœur de la Russie. Mais cette production ne reposerait plus uniquement sur des ressources locales.

Selon des informations révélées par la chaîne japonaise NHK World, relayées par Géo, environ 25 000 travailleurs nord-coréens doivent être envoyés dans «la zone économique spéciale d'Alabuga», au Tatarstan russe, où sont implantés plusieurs centres de fabrication de drones FPV (c’est-à-dire des drones autonomes de combat contrôlés à distance). Ces ouvriers nord-coréens viendraient soutenir une industrie militaire sous pression, à l’heure où la Russie vise une augmentation spectaculaire de sa cadence de production : de 2 000 à 5 000 drones Shahed par mois, selon l’analyste ukrainien Pavlo Lakiychuk.

Le soutien massif de la Corée du Nord à la Russie

Ce recours à une main-d’œuvre étrangère s’inscrit dans un partenariat de plus en plus étroit entre Moscou et Pyongyang. En juin 2024, les deux pays ont officialisé un «accord de partenariat stratégique global», marquant une nouvelle étape dans leur rapprochement. La Corée du Nord, soutien précoce de la Russie dans le conflit, avait déjà envoyé des millions d’obus pour appuyer les forces russes, alors que les alliés occidentaux tardaient à livrer du matériel lourd à l’Ukraine.

Le soutien nord-coréen ne se limite plus à la logistique ou à l’armement. Fin 2024, des soldats nord-coréens sont repérés dans la région de Koursk, en appui de l’armée russe. Ces troupes auraient notamment participé à la reconquête de Koursk en avril 2025. Depuis, Pyongyang a étendu son aide à la reconstruction de la ville, largement détruite par les combats. Selon le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, environ 5 000 travailleurs nord-coréens œuvrent à la restauration des infrastructures, accompagnés de 1 000 sapeurs chargés de sécuriser les zones minées.

Parallèlement, Moscou chercherait à remplacer progressivement les ouvriers venus d’Asie centrale, jugés peu fiables et vulnérables au renseignement occidental, par des Nord-Coréens perçus comme plus sûrs. Une stratégie qui témoigne de la volonté du Kremlin de sécuriser sa chaîne de production militaire, tout en consolidant une alliance stratégique avec l’un des régimes les plus fermés au monde.