
En France, il y a visiblement les pour et les contre. Interrogé au Sénat dans le cadre de la commission d’enquête sur les aides publiques aux entreprises, François-Henri Pinault a par exemple exclu catégoriquement de faire produire aux États-Unis, notamment les sacs Gucci. Mais dans le même temps, d’autres entreprises sont prêtes à franchir le pas. C’est ce qu’a annoncé le groupe pharmaceutique français Sanofi mercredi 14 mai avec sa volonté d’investir au moins 20 milliards de dollars aux Etats-Unis d'ici 2030.
Actuellement, Sanofi réalise 25% de sa production outre-Atlantique dans cinq usines et veut étendre «considérablement ses dépenses de recherche et développement» ainsi que «sa capacité de production». Quelques jours avant, des laboratoires tels que Eli Lilly, Johnson & Johnson, Merck, Roche ou encore Novartis avaient annoncé des programmes similaires. De quoi renforcer la politique de Donald Trump qui veut relocaliser aux Etats-Unis ? Interrogé sur RMC et BFMTV ce jeudi 15 mai, l’ancien commissaire européen Thierry Breton s’est montré beaucoup plus nuancé jugeant que de tels investissements «ne sont pas nés en un claquement de doigts».
Donald Trump critiquable sur la «méthode»
Pour Thierry Breton, Donald Trump s’approprierait les milliards de Joe Biden. «Ces investissements sont l'héritage de Biden, il faut appeler un chat un chat», a-t-il lancé sur RMC, rappelant l’importance de l’«Inflation Reduction Act», un programme de 370 milliards de dollars de subventions et d'incitations fiscales (qui avait d’ailleurs été caché aux Européens). Rappelant qu’il avait lui-même été chef d’entreprise, l’ancien commissaire européen estime que pour annoncer de tels investissements, il faut «six mois, un an, deux ans».
Or, Donald Trump vient seulement d’arriver à la Maison-Blanche : «Donald Trump est maintenant en place depuis 100 jours. On ne met pas 100 jours pour mettre en place une décision d'investissement, surtout des investissements de cette nature.» Cependant, tout n’est pas à jeter chez le président américain, a concédé Thierry Breton puisqu’il «pose souvent des questions qui ne sont pas des questions fausses». Il a évoqué la dépendance à la Chine et la désindustrialisation du pays. En revanche, on peut «critiquer» la «méthode», a-t-il concédé.
Thierry Breton a enfin mis en garde sur le risque de confusion entre les intérêts politiques et économiques des sociétés. «Il y a le rythme et la vie des entreprises, et puis il y a les rythmes politiques, il faut faire très attention à ne pas mêler les deux.»



















