L'an dernier, pendant la période de Thanksgiving au Canada, Kiran Rabheru, gérontopsychiatre à l'hôpital d'Ottawa, a eu un échange téléphonique avec des représentants de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La nouvelle s'était répandue : un changement allait être opéré dans la classification internationale des maladies (CIM) de l'OMS. Il s'agit d'un catalogue utilisé pour homogénéiser le diagnostic des maladies à travers la planète.

Dans le cadre de cette prochaine révision, il était prévu de remplacer le diagnostic de "sénilité" - un terme considéré comme désuet - par une formule plus large : la "vieillesse". Cette nouvelle formulation aurait rejoint ainsi les rangs d'une catégorie de diagnostics regroupant des "symptômes, des signes ou encore des résultats cliniques". Le code associé au diagnostic - une désignation nécessaire pour enregistrer de nouveaux médicaments et thérapies - comprenait le mot "pathologique", ce qui aurait pu être interprété comme un sous-entendu selon lequel la vieillesse serait une maladie en soi.

Certains chercheurs se réjouissaient de cette révision la considérant comme une étape vers la création et la prescription de thérapies anti-âge. Cependant, Kiran Rabheru, qui est aussi professeur à l'université d'Ottawa (Canada), craignait que ces changements ne fassent que renforcer l'âgisme. Si on présume que le critère de l'âge avancé à lui seul est constitutif d'une maladie, cela pourrait conduire les médecins à prescrire des soins inadaptés, estime-t-il. Plutôt que de chercher à identifier ce qui provoque précisément une gêne chez le patient, les médecins pourraient se contenter de désigner le problème en question comme une conséquence de la vieillesse.

"Le noeud du problème est que si nous légitimons la vieillesse en tant que diagnostic, nous courrons le risque que beaucoup de gens l'utilisent de manière inappropriée", insiste Kiran Rabheru. Et un certain nombre d'experts partagent ses inquiétudes. "Il y a un énorme élan au niveau mondial pour dire : 'Ce n'est pas correct", raconte-t-il.

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