Si votre bébé pleure sans arrêt, souffre de coliques, de reflux ou a des difficultés à téter, votre entourage vous a peut-être suggéré de consulter un ostéopathe. Au moyen de pressions sur le crâne ou les organes du nourrisson, ce dernier pourrait en effet le soulager. C'est ce qu'affirment de nombreux praticiens et des parents ayant recours à leurs services. Mais d'autres ne sont pas aussi catégoriques, note Le Parisien. En décembre dernier, l’Académie de médecine a même mis en garde contre cette pratique «sans fondement scientifique avéré et d’efficacité et de sécurité non démontrées».

«L’évolution psychomotrice des nourrissons est un domaine que nous maîtrisons bien», se défend Clémentine Lavignon, ostéopathe pédiatrique en région parisienne. Mais pour l'Académie, «les arguments employés, destinés à justifier ces pratiques, reposent sur des affirmations non ou trop peu étayées par des études conformes aux normes en vigueur et par des évaluations objectives et scientifiques de leur efficacité et leur sécurité». En somme, affirme l'institution, l'ostéopathie pour bébés serait totalement improductive.

«L'enfant n'est pas vendu en kit !»

«Il y a zéro efficacité, comme pour l’homéopathie», s'insurge Nicolas Winter, urgentiste aux urgences pédiatriques de Valenciennes, parmi les praticiens qui ont accueilli avec satisfaction les conclusions de l'Académie de médecine. Ulcéré, il relate : «J’ai entendu une fois : "il a remis le foie de mon bébé en place". Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? L’enfant n’est pas vendu en kit !» De son côté, la Société européenne de recherche en ostéopathie périnatale et pédiatrique (Seropp) tient à modérer. Si elle condamne «fermement toute pratique potentiellement dangereuse», elle tient toutefois à préciser que des études ont mis en avant des «résultats favorables» de cette pratique «quand elle est réalisée par des ostéopathes formés».

Clémentine Lavignon admet qu'il est «complexe» de prouver l'efficacité de l'ostéopathie pour bébés. Mais elle dit «constater régulièrement des bénéfices concrets pour les nourrissons, à condition d’agir avec rigueur et dans le respect total des bases médicales». Ancien ostéopathe, Arthur Dian, lui, a préféré mettre un terme à cette activité. «Sauf pour les ostéopathes hyper minoritaires qui tordent les bébés, ce n’est pas immédiatement dangereux en soi», précise-t-il. Mais il déplore certaines pratiques «déviantes» et pointe un risque réel : «La perte de chance et le retard de prise en charge».

Un risque de retard de prise en charge

Le Parisien a recueilli le témoignage d'Ornella. Lorsque sa fille avait 6 mois, elle s'est inquiétée de voir son bébé présenter des troubles digestifs. Alors qu'une ponction lombaire était prévue, elle l'a emmenée chez un ostéopathe qui, après avoir manipulé l'enfant, a conseillé à Ornella de reporter l'examen médical jugé caduc. Quatre mois plus tard, le diagnostic révèle une maladie mitochondriale. «Nous avons passé quatre mois de plus dans l’ignorance, à penser que notre fille avait quelque chose de moins grave», regrette Ornella. Pour Séverine Lambert, présidente de la Seropp, suggérer un report de l'intervention était une erreur : «L’ostéopathie ne se substitue en aucun cas au suivi médical de l’enfant, et cette prise en charge complémentaire n’interfère en rien avec le rythme des consultations».

Qu'en dit la Haute Autorité de santé ? En règle générale, elle ne préconise pas l'ostéopathie pour les bébés. D'autant qu'un certificat médical de «non contre-indication» est obligatoire avant certaines manipulations pour les enfants de moins de six mois. Il n'est pourtant pas rare que les maternités conseillent aux mamans de recourir aux services d'un ostéopathe. Certains y ont même leurs quartiers, comme Clémentine Lavignon. «La collaboration en maternité se fait très sereinement», assure-t-elle. Pas de quoi convaincre Nicolas Winter, pour qui laisser les ostéopathes accéder aux maternités est «une horreur» : «On ne fait pas rentrer des non-professionnels de santé dans des maternités, c’est comme mettre des coupeurs de feu dans un service de grands brûlés