C’est une nomination qui n’est pas passée inaperçue. Conseillère régionale d'Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2021, et surtout ancienne ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem a été nommée le 16 juillet dernier comme conseillère maître à la Cour des comptes. Selon BFMTV, elle sera chargée du contrôle de la dépense publique. Comme l’indique l’institution, ce poste «constitue le troisième grade dans le corps des magistrates/magistrats de la Cour des comptes». La nomination ne se fait pas par hasard puisqu’il faut présenter un dossier, être sélectionné par le comité consultatif et enfin être auditionné par la commission d'intégration de la Cour des comptes.

Mais un article du Canard Enchaîné du 8 juillet dernier a présenté cette nomination comme une possible tentative de François Bayrou d’obtenir les faveurs du Parti socialiste (dont Najat Vallaud-Belkacem a été membre) et notamment d'éviter une censure du vote du budget à la rentrée. La critique du journal satirique s’appuie notamment sur le fait que l’élue ne posséderait pas spécialement de compétences en termes de finance ou de comptabilité. Il n’en fallait pas moins pour susciter la polémique, émanant principalement de l’extrême droite.

Le RN veut saisir le Conseil d’Etat

Comme l’ont repéré nos confrères sur X, le député RN de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, a critiqué la décision, annonçant une «attaque devant le Conseil d’Etat» face à cette «nomination scandaleuse». Il ajoute : «La République des copines et des coquins, ça suffit !» De son côté, l’eurodéputée Reconquête ! Sarah Knafo se demande : «Pourquoi ? Quelles compétences pour mériter d’entrer dans cette si belle institution ? Quel concours ?». Mais à gauche aussi, cette nomination a attiré l’attention. Le député insoumis de l’Essonne, Antoine Léaument, la juge «inquiétante» et espère quand même que «le PS censurera avec nous Bayrou à la première occasion».

Face à cette tempête médiatique, Najat Vallaud-Belkacem avait réagi, rappelant qu’elle était «toujours réticente à faire l’honneur d’une réponse aux absurdités». Cependant, face aux critiques, elle a souligné avoir utilisé «la voie du concours» donc que cela n’avait «pas grand-chose à voir avec une nomination politique». Elle s’étonnait également de «la pression» mise sur Boris Vallaud, son conjoint.

Pierre Moscovici n’est pas intervenu personnellement

Jeudi 17 juillet, le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, est aussi sorti du silence, confirmant que l’ancienne ministre était «arrivée par une procédure de recrutement professionnel parfaitement objective». Pierre Moscovici s’est inscrit en faux également sur Franceinfo contre les accusations selon lesquelles il serait intervenu personnellement : «Arrêtons avec la République des copains et reconnaissons de temps en temps que le mérite peut être divers.»

«Choqué par les commentaires», il a également déclaré au Parisien qu’il ne pouvait «s’empêcher de penser que son genre, son origine, ses engagements politiques sont ciblés». Enfin, Pierre Moscovici a rappelé la procédure de recrutement, avec 150 dossiers déposés pour cinq postes. Et de terminer : «Sur ces 28, elle a été retenue par la commission dans les cinq (...) Je suis sorti au moment de la délibération.» C’est désormais à elle «de faire ses preuves», a-t-il lâché !