C’est un sujet brûlant, qui fait régulièrement la une de l’actualité. L’année dernière, des milliers d’agriculteurs ont manifesté dans toute la France en organisant notamment des barrages routiers, afin de protester contre la faiblesse de leurs revenus. Le Premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, avait alors annoncé des mesures d'aides, jugées insuffisantes par la majorité des syndicats. Cet épisode avait une nouvelle fois illustré les difficultés rencontrées par bon nombre d’exploitants agricoles pour vivre décemment de leur travail. Mais combien gagnent vraiment les agriculteurs ? Une large enquête publiée mercredi 21 mai par l’Insee sur les revenus des travailleurs indépendants apporte des éléments de réponses chiffrées à cette question.

Pour débuter, précisons que selon les dernières statistiques de l’Insee, qui remontent à l’année 2020, les exploitants agricoles disposent d’un revenu moyen similaire à l'ensemble de la population française, à savoir 27 500 euros par an. Pour calculer le niveau de vie d’un ménage, l’Insee divise le revenu disponible par le nombre de membres de ce ménage, en leur attribuant un coefficient de pondération. De cette manière, il est possible de comparer les niveaux de vie de ménages de tailles ou de compositions différentes.

Si les revenus moyens des agriculteurs se situent dans la moyenne nationale, ils cachent en revanche de grandes disparités, qui sont bien plus marquées que dans les autres professions indépendantes. En effet, les 10% d’exploitants agricoles les plus aisés ont un niveau de vie au moins 4,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus modestes. A titre de comparaison, ce ratio est de seulement 3,4 dans l’ensemble de la population.

Plus d’un ménage d’agriculteurs sur cinq sous le seuil de pauvreté

Un chiffre particulièrement alarmant illustre ces inégalités très marquées. Pas moins de 17,7% des ménages vivent sous le seuil de pauvreté, fixé par l’Insee à 13 440 euros par an. La situation est encore plus préoccupante pour les ménages dont les deux adultes exercent le métier d’exploitant agricole. Dans cette configuration, le taux de pauvreté atteint 21%, soit plus d’un ménage sur cinq. A l’inverse, lorsqu’au moins un membre du ménage exerce une autre activité rémunérée, ce taux de pauvreté est bien moindre (10,2%).

La source du malaise ? D’abord, les bénéfices tirés directement de l’exploitation agricole ne représentent plus que 35 % du revenu des exploitants. Le reste provient d’activités complémentaires, de revenus du patrimoine ou encore de prestations sociales. Et seuls 31% des agriculteurs tirent encore la majorité de leur revenu de l’agriculture, la preuve que le seul travail des exploitants est très loin de leur permettre de vivre décemment.

Pour compenser des revenus instables et souvent insuffisants, 29 % des exploitants sont pluriactifs, c'est-à-dire qu’ils combinent leur métier avec un emploi salarié ou une activité indépendante annexe. Leur niveau de vie moyen grimpe à 30 700 euros annuels, contre 25 700 euros pour les monoactifs. Et surtout, leur taux de pauvreté tombe à 10,5 %.

Dernier enseignement de l'enquête, les jeunes agriculteurs, pourtant souvent soutenus par des aides à l’installation, restent plus précaires que leurs aînés puisque le revenu des exploitants augmente avec l'âge. Les plus diplômés, eux, bénéficient d’un niveau de vie nettement supérieur : 37 800 euros annuels en moyenne pour ceux ayant un bac+3 ou plus, contre 23 800 euros pour les moins diplômés. La spécialisation joue également un rôle déterminant puisque les exploitations de grandes cultures ou viticoles s’en sortent mieux que celles tournées vers l’élevage.