Un an après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les craintes que l’on pouvait avoir à l’époque se sont réalisées. Au-delà du recul démocratique et de la violence vorace imposée au reste du monde, la hausse des droits de douane de Donald Trump qui concentrait l’inquiétude des investisseurs en actions et des économistes n’a pas eu l’effet redouté. Le commerce mondial s’est adapté. Sur le plan géopolitique, il a surpris beaucoup de monde avec une posture très interventionniste dont la crise du Groenland est aujourd’hui l’illustration la plus accablante.

Mais la surprise vient aussi là où on ne l’attendait pas : il intervient directement dans les affaires économiques et dans la vie des entreprises avec des implications chaotiques, parfois pour déréguler mais de plus en plus souvent pour imposer sa propre lecture de l’économie avec l’intention de faire décoller la croissance économique afin d’éviter un désastre lors des primaires de novembre prochain.

Jamais un président républicain n’aura été aussi interventionniste pour les entreprises, cela induit de l’incertitude en Bourse !

Tous les secteurs sont concernés : immobilier (réforme du marché hypothécaire et privatisation envisagée de Fannie Mae et Freddy Mac), finance (blocage du taux des cartes de crédit à 10%), Santé (Pharmacy Benefit Managers, prix des médicaments…), technologie (intervention dans la politique commerciale de Nvidia, investissement dans Intel…), défense (blocage des distributions aux actionnaires des entreprises de défense), médias (intervention dans l’OPA de Warner Bros) mais aussi bien-sûr le feuilleton sur le Fed (pression sur Jerome Powell et nomination probable d’un gouverneur à la botte du pouvoir). La liste, incomplète, est déjà longue et augmente chaque jour davantage !

Jamais un président républicain n’aura donc été aussi interventionniste dans la vie des entreprises. Cela induit du chaos et de l’incertitude pour les investisseurs en actions, qui détestent ça. L’apparition de toute imprévisibilité s’accompagne logiquement d’une exigence de prime de risque supplémentaire. Dit autrement, cela fait baisser le prix des actifs (et donc des actions en Bourse, NDLR) ! Or, jusqu’à présent, c’est exactement l’inverse qui se produit : le prix des actifs a continué à se tendre et les primes de risque se sont maintenues en territoire négatif.

Le rendement des dividendes sur les actions en Bourse est tombé à des plus bas

Aussi, le taux de dividende du S&P a retrouvé ses plus bas historiques de 2000 à 1,15% (cf graphique n°1). Ce rendement très faible est le symptôme que les investisseurs paient très cher pour une faible rémunération future face aux risques supportés. Faut-il y voir de la complaisance ou son équivalent euphorique qu’est le FOMO (Fear Of Missing Out ou peur de rater le train de la hausse des actions) ? L’Amérique peut-elle conserver son éclat ? La revue de long terme qui suit donne des éléments de réponses et permet de mieux apprécier les perspectives.

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Du point de vue de l’analyse technique (analyse graphique et mathématique de l'évolution du cours de Bourse) sur le long terme, le S&P 500 se retrouve sur le sommet d’un canal haussier centenaire (cf graphique n°2). Cela incite à la prudence mais ne garantit en aucun cas un retournement violent et un retour sur le fond du canal. Des exagérations court terme sont parfaitement envisageables et le S&P pourrait parfaitement repasser ses plus hauts au-dessus des 7 000 points, autour de 7 100 points. En revanche, dans le cadre d’un positionnement long terme, cela signifie que la promesse d’une performance similaire à celle observée depuis plus de quinze ans (plus de 12% annualisé) est très improbable.

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Les bonnes années sur les actions américaines sont derrière nous, les perspectives du S&P 500 devraient être moins favorables

Sur un siècle, la performance du S&P 500 est de l’ordre de 6 à 7% auquel il faut ajouter les dividendes, soit une rentabilité globale de 7 à 9% en moyenne. Cela a un sens quand les primes de risque sont significatives. Mais quand elles sont nulles ou négatives, les performances observées dix ans plus tard sont logiquement décevantes (elles peuvent même être négatives, comme ce fut le cas en 2000). Il faut donc être conscient que les bonnes années sont derrière nous !

Mais il est aussi intéressant d’apprécier la valeur réelle de l’investissement (ie. corrigé de la dégradation monétaire). Le graphique n°3 représente le S&P 500 corrigé de l’inflation depuis les années 50. Là encore, on constate que l’indice actions américain vient buter sur le sommet d’une droite de résistance oblique et que le meilleur a vraisemblablement été donné depuis le début des années 2010. La durée du cycle de hausse est historiquement assez longue, en général entre 15 et 18 ans selon les derniers cycles (juin 1949-décembre 1965 et août 1982 - juillet 2000). En partant du point bas de mars 2009, et en appliquant des durées similaires aux cycles précédents, on devrait s’attendre à un sommet de cycle entre 2025 et 2027, c’est-à-dire que nous sommes dans une zone de potentiel retournement, peut-être à quelques mois près. Sur cette base, le potentiel de gain additionnel semble restreint.

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Mais qu’en est-il par rapport à l’Europe ? Le graphique n° 4 présente le ratio entre le S&P total return exprimé en euro et le Stoxx 600 total return (baromètre des actions européennes). On constate la nette surperformance des actifs américain à partir de 2008 avec une évolution régulière au sein d’un canal haussier et une tendance à surperformer exceptionnelle d’environ 6% annualisé. Sur longue période, depuis 1989, la surperformance annualisée retombe à 2,5% et n’est plus que de 1% si l’on observe le Russell 2000 (cf graphique n°5).

Cela confirme que l’essentiel de la surperformance américaine est lié à la technologie, le reste n’est que littérature. Rien n’indique donc que l’Europe ait grand-chose à envier à l’Amérique profonde. Ce qui est intéressant, c’est que le Stoxx 600 surperforme le S&P depuis plus de trois ans et le Russell 2000 depuis plus de neuf ans. Le graphique n°4 montre aussi un retour sur le fond du canal haussier dont la rupture indiquerait une poursuite favorable aux actifs européens. A suivre de très près !

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CAC 40, DAX… En Bourse, un cycle désormais plus favorable aux actions européennes ?

Le rêve américain est désormais périmé sur le plan des valeurs et de la démocratie et l’Europe sait que l’Amérique n’est plus un allié. Et d’un point de vue boursier, le rêve que les performances passées puissent se reproduire de façon infinie est simplement chimérique. S’il convient de relativiser la suprématie américaine sur le plan financier, elle reste indéniable depuis la grande crise financière mais pourrait connaître une certaine désaffection. La surévaluation des actifs américains (la cherté des actions américaines cotées au S&P 500, au Nasdaq…, NDLR) pourrait ainsi prendre la forme d’une surperformance des actifs européens (c’est-à-dire des actions européennes).

Le Stoxx 600 est sorti à la hausse d’une longue et fastidieuse zone de congestion de plus de vingt ans en 2021 et dispose d’objectifs haussiers avantageux à plus de 900 points, contre un niveau de 600 actuellement (cf. graphique n°6). Le marché européen n’est pas surévalué. Son taux de dividende moyen se situe environ à 3,1%, soit près de trois fois plus qu’aux Etats-Unis et est pratiquement aligné au taux dix-ans européen. La prime de risque du marché européen se situe entre 3 et 4% et suggère un risque modéré. Certes, la croissance attendue des résultats reste en faveur des entreprises américaines mais les écarts de valorisation ainsi que les tensions géopolitiques permettent d’envisager un cycle boursier désormais plus favorable aux actifs européens.

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A l’instar de leurs gouvernants, les investisseurs européens devraient se lasser des turpitudes d’un Président sénescent qui, pour satisfaire un hubris et un ego digne de Caligula ou Néron, fait courir des risques démesurés au monde entier mais aussi et surtout à son économie et à ses entreprises. Un élan souverain des européens pourrait fragiliser le dollar, le marché obligations américain mais aussi les actions américaines (S&P 500, Nasdaq, Dow Jones…).