
Une première semaine riche en événements pour Béatrice Héricourt, la nouvelle directrice générale de La Redoute, qui vient tout juste de s’installer dans son fauteuil. Nommée le 22 avril, elle se retrouve, trois jours plus tard, confrontée à un bras de fer musclé avec les syndicats. Ce vendredi 25 avril, la CGT La Redoute sonne en effet le rassemblement : un appel à la manifestation à midi devant le siège du groupe Galeries Lafayette, devenu propriétaire de la marque depuis 2022.
Le motif ? L’externalisation de la division industrielle Quai 30, basée à Wattrelos (Hauts-de-France), annoncée en février dernier. Cette plateforme logistique de 322 salariés va passer sous pavillon du spécialiste ID Logistics, dès le 1er juin 2025. «Ce site, créé en 2014, avait vocation à traiter 40 millions de petits colis chaque année pour le prêt-à-porter et la décoration. Aujourd’hui, il n’est utilisé qu’à 50%. En confiant cette activité à ID Logistics (qui va continuer à gérer la logistique de La Redoute, ndlr), nous assurons la pérennité de l’emploi. D’autant que ce partenaire a prévu de s’ouvrir à d’autres clients, pour que le site soit utilisé à 100%», nous explique La Redoute, qui ajoute rester propriétaire de l’entrepôt. Ce projet avait fait l’objet d’une information-consultation auprès des partenaires sociaux, qui avaient alors rendu une décision défavorable. «Il n’y a aucune garantie pour l’avenir des salariés et la convention collective est moins-disante, notamment sur les délais de carence en cas de maladie», nous affirme Smaïl Bella, délégué central CGT à La Redoute. Argument que réfute l’enseigne de mode et de déco. «Les employés conservent leur salaire, leur régime horaire, leurs indemnités, leurs congés payés. Nous avons même été au-delà du cadre légal en versant une prime de 2 100 euros brut aux salariés concernés par ce transfert».
Verser 100 000 euros aux salariés concernés par le transfert
Mais le mécontentement des syndicats ne s’arrête pas là : ils lorgnent aussi un pactole de 44,5 millions d’euros, qui fait désormais l’objet de toutes les crispations. Ce trésor de guerre est ce qu’il reste d’un fonds financier dédié (baptisé «fiducie», en termes juridiques), créé en 2014, au moment de la revente de l’enseigne à ses dirigeants par le groupe Kering (actionnaire historique de La Redoute). Alimentée à hauteur de 180 millions d’euros à l’époque, cette structure juridique avait été séparée du reste des comptes de l’entreprise, et était destinée à couvrir les engagements sociaux pris dans le cadre du plan social alors mis en place, qui avait frappé la moitié des effectifs (1 200 postes dont 77 départs contraints). À l’issue de cette fiducie, prévue pour 10 ans, l’éventuel reliquat d’argent était censé remonter dans les caisses de l’entreprise. Et celle-ci a effectivement expiré en décembre dernier, soit… un mois avant l’annonce de l’externalisation de Quai 30. Simple coïncidence ? Les syndicats n’y croient pas une seconde.
«Cette fiducie, signée à l’époque par les organisations syndicales, a été placée dans un fonds pendant 10 ans. Aujourd’hui, cet argent revient à l’entreprise», fait valoir La Redoute. Si le groupe nous indique que cette somme va être allouée au bon fonctionnement de l’enseigne, dont la santé financière n’est pas flamboyante, les syndicats ne l’entendent pas de cette oreille. «Les actionnaires nous volent ! Ils ont attendu que la fiducie arrive à échéance pour nous informer du plan d’externalisation. Il n’y a aucune raison que cet argent aille dans les caisses de La Redoute», s’insurge Smaïl Bella à la CGT. Les délégués syndicaux réclament une autre utilisation de ce pactole. «Avec les 44,5 millions de la fiducie qui sont le reliquat de ce qui avait été obtenu par notre lutte en 2014, elle (La Redoute, ndlr) aurait largement les moyens de verser au moins 100 000 euros aux salariés du site», indiquait Lutte Ouvrière de La Redoute en mars dans un communiqué. À l’issue de la manifestation de ce vendredi, la CGT, seule participante, n’exclut pas de poursuivre le mouvement.



















