
C’est l’histoire d’un homme, autodidacte, qui a bâti un empire, à partir de gadgets bon marché, avant de devoir passer la main. Fondateur et patron tout-puissant de l'enseigne de bazar GiFi, Philippe Ginestet a vu une partie de son monde s’écrouler fin 2024. La faute à une sacrée série noire : le système informatique de GiFi est en effet parti en vrille, alors même que ses concurrents -Action en tête, suivi par le rouleau compresseur chinois Temu- ne cessaient de lui grignoter des parts de marché, et que les clients se faisaient plus rares. Au point que, pour éviter la faillite, le groupe aux 570 magasins en France et 6 000 salariés, a été contraint de négocier avec ses banques. Le deal : un écrasement partiel de 300 millions d’euros de dettes. En échange, les créanciers montent au capital à hauteur de 40%, pendant que la holding personnelle de Philippe Ginestet lâche 270 millions en garanties, obtenus en liquidant quelques actifs et parts de sociétés.
Dernière exigence de ces nouveaux actionnaires : que Philippe Ginestet abandonne les commandes opérationnelles de GiFi. Déjà bien secoué, le navire est désormais piloté, en intérim, par le cabinet de conseil Alixpartners et Philippe Brochard (ex-dirigeant d’Auchan France), chargés de mener à bien le plan de transformation de l’enseigne. Au régime sec, GiFi a d’ailleurs annoncé début avril, la suppression de 300 emplois (5% des effectifs) et la fermeture de 11 magasins.
Une fortune estimée à 1,23 milliard d’euros avant la crise
Avant ce grand chambardement, Philippe Ginestet était, selon nos estimations, à la tête d’une fortune professionnelle de 1,23 milliard d’euros (98ème position de l’édition 2024 de notre classement annuel des 100 plus grandes fortunes professionnelles françaises). Si cette richesse a dû assurément fondre depuis, l’entrepreneur autodidacte est loin d’avoir tout perdu ! «Il a su répartir les risques sur d’autres actifs», nous confie une source proche du dossier. Sa holding, notamment, Groupe Philippe Ginestet (GPG), supervise encore un portefeuille d’activités XXL. C’est là que se logent ses activités de distribution, et donc sa participation résiduelle dans GiFi, à hauteur de 60% du capital. Or, même si l’enseigne a dû voir sa valorisation fortement chuter, elle réalise encore 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires. En 2018, Philippe Ginestet a également misé, aux côtés du fonds d’investissement Weinberg Capital, sur la chaîne Besson Chaussures (320 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023 et 200 magasins). Selon certaines rumeurs, non confirmées par les deux actionnaires, l’enseigne serait toutefois en vente.
Autre pôle d’importance de cette holding : celui dédié à l’immobilier, qui compte plus d’un million de mètres carrés de bureaux, d’entrepôts ou de magasins, dont 40% des points de vente GiFi, soit près de 230 boutiques. De quoi percevoir une rente en béton ! S’il est difficile d’évaluer avec précision la valeur de ces «murs», il est en effet mentionné dans les comptes de résultat 2023 de l'enseigne, que «la valeur des fonds de commerce est valorisée sur la base de 25% du chiffre d’affaires annuel TTC».
Enfin, dernière activité de GPG, un pôle diversification avec plus de 20 sociétés, issues de tous les secteurs. Parmi elles, l’entreprise Casigimi, qui exploite depuis 2020 le casino de Megève (Haute-Savoie), anciennement géré par le groupe Barrière. Philippe Ginestet a ainsi constitué un petit empire du jeu, avec sept autres casinos situés à Mimizan, Gruissan, ou encore Granville, placés sous la bannière Stelsia Casino.
Un château dans le Lot et un chalet à Megève
Côté patrimoine immobilier, Ginestet peut aussi compter sur quelques beaux actifs. Multipropriétaire, il détient notamment un château à Saint-Sylvestre-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Une bâtisse qui compte 31 suites et chambres de 25 à 55 mètres carrés, une piscine, un spa, des courts de tennis, un mini golf, deux restaurants -dont un référencé dans le guide Michelin… Le tout logé dans un parc de 33 hectares. Baptisé le Stelsia, ce complexe hôtelier de luxe quatre étoiles, repeint en rose, bleu et jaune fluo, est en vente depuis mi-novembre 2024. Contacté par Capital, Romain Cheyrou, directeur de l’agence Immobilier Sud Périgord mandaté pour la vente de ce bien, nous a confié son prix : il faudra débourser 25 millions d’euros, hors frais d’agence et avant négociation, pour s'offrir cette demeure. Selon ce professionnel, Philippe Ginestet ne se sépare pas de cette propriété pour des raisons financières. Il lui manquerait simplement l’envie et l’énergie pour la rénover, afin de rendre le business plus rentable. Situé à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse (à environ 150 km des deux villes), dans une zone loin d’être touristique, le château n’a en tout cas toujours pas trouvé d’acquéreur à ce jour. «Il y a eu des marques d'intérêt mais rien de concret», ajoute le directeur de l'agence.
Le patrimoine immobilier de Philippe Ginestet ne s’arrête cependant pas là. Il détient aussi un magnifique chalet au cœur de la station de ski ultra huppée de Megève, celle du casino détenu via sa holding. Pouvant accueillir une trentaine de personnes sur une surface de 1 500 m2, la résidence qui offre des prestations haut de gamme avec un jacuzzi, un hammam, un salon de cinéma, une discothèque, est elle aussi à la recherche d’un acquéreur. Selon nos sources, les agences immobilières de luxe l’Agence, de la famille Kretz, et Barnes, seraient sur le coup. Celles-ci n’ont ni infirmé, ni confirmé cette information. Là aussi, le montant de la transaction devrait s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros… Contacté par Capital, Philippe Ginestet nous a indiqué ne pas être disponible dans les semaines à venir pour répondre à nos questions.



















