Coups d'arrêt, ajustements budgétaires... La filière hydrogène française fait face à des signaux divergents de la part du gouvernement sur le soutien industriel et les infrastructures. Pourtant, le temps presse. Lors de la 5ème édition du Forum Hydrogen Business for Climate, industriels et élus ont rappelé que si la France avance, elle avance «trop lentement» et sans cap clair, tandis que la Chine, elle, accélère.

Dans ce paysage morose, le Territoire de Belfort, lui, résiste. Hors de question de lâcher ce qu’il considère comme une filière d’avenir de longue date : la Bourgogne-Franche-Comté - labellisée «territoire d’hydrogène» en 2016 - mise sur cette énergie depuis pas moins de 25 ans.

Des startups innovantes, en quête de nouveaux marchés

Sur place, plusieurs startups et entreprises continuent d’innover. La PME H2SYS passe à l’offensive avec deux nouveaux produits phares : un mât d’éclairage décarboné et un véhicule 4x4 intégrant un générateur déployable en quelques minutes, déjà repérés par le ministère des Armées et Enedis. «L’export nous aide à passer le creux de commandes en France et en Europe», résume Sébastien Faivre, président de H2SYS, soulignant que les marchés étrangers deviennent le relais nécessaire pour préserver l’emploi et accélérer l’innovation.

Même constat chez Mincatec Energy qui pousse à l’export ses réservoirs de stockage d’hydrogène basse pression en hydrures métalliques, vantant son contenant en aluminium «unique» et sa promesse d’indépendance européenne sur les matériaux. La production démarre dès ce mois-ci à Belfort.

Au printemps dernier, c’est Inocel qui a lancé la production de son usine à Belfort. Cette startup déploie des générateurs modulaires à pile à hydrogène, avec l’ambition d’atteindre 30 000 systèmes annuels d’ici 2030 et d’étendre l’usage de l’hydrogène sur des sites événementiels ou industriels. Sans oublier la gigafactory McPhy Energy, passée sous le giron du groupe John Cockerill Hydrogen en juillet dernier, qui développe l’électrolyseur de nouvelle génération.

Un laboratoire vivant de l’hydrogène et pivot européen

Le Territoire de Belfort ne se résume pas à un écosystème d’entreprises, il représente un «laboratoire vivant» où se mêlent démonstrateurs stationnaires, plateformes d’essai et partenariats publics-privés. Dès 1999, la région a porté la filière hydrogène, avec la création d’un centre national de recherche technologique (CNRT), puis une plateforme d’essais sur les piles à combustible en 2002 et le maintien d’un hub actif au Tech’hom de Belfort. Cette continuité permet d’expliquer l’émergence de projets tournés vers l’innovation.

Jérôme Durain, président de la région Bourgogne-Franche-Comté, parle ainsi d’une «course de fond» pour maintenir une dynamique sur le temps long. Ce dernier insiste sur les enjeux de souveraineté industrielle ou encore de formation - avec la création d’une école de l’hydrogène qui ouvrira prochainement ses portes.

L’enjeu est clair : transformer le Territoire de Belfort en pivot européen de l’hydrogène, capable de démontrer que la transition énergétique peut produire de l’emploi, des technologies et de la sécurité énergétique, même lorsque les aides publiques se font plus discrètes.