Sur le parking du centre d’ingénierie de Villiers-Saint-Frédéric (Yvelines), des fourgons à la carrosserie flambant neuve prennent depuis plusieurs semaines la poussière. Pour ces vans à hydrogène, qu’une clientèle d’artisans et de livreurs aurait dû s’arracher, Renault et son allié américain Plug Power visaient pourtant le milliard d’euros de ventes cumulées dès l’horizon 2026 ! Mais moins de quatre ans après ses débuts, la marque Hyvia n’aura fabriqué que… 62 engins. En février dernier, les grandioses ambitions ont été remisées avec la liquidation de cette coentreprise.

«C’est un énorme gâchis. Cela aurait pu marcher, il fallait se donner le temps», regrette Laurent Giblot, dessinateur industriel et délégué syndical central CGT chez Renault. Mais le directeur général du groupe au losange, Luca de Meo, ne l’entendait pas de cette oreille. «Il n’y a pas de marché des véhicules à hydrogène. […] On vend des voitures à perte malgré des soutiens très importants», avait-il ainsi indiqué, en guise d’oraison funèbre, devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.

Série de faillites et de redressements chez les acteurs français de l'hydrogène

Et pourtant, cet hydrogène a tout de la molécule miracle pour verdir nos transports ! Du moins en théorie : il suffit, au sein d’une pile à combustible, de lui adjoindre l’oxygène ambiant pour qu’en réaction de l’électricité soit produite et aille alimenter un moteur, avec pour seul rejet de la vapeur d’eau. Difficile de trouver plus écologique, pour peu qu’en plus l’hydrogène stocké au sein du véhicule ait lui-même été fabriqué avec une énergie bas carbone, comme le nucléaire. Seulement voilà, nombreux sont désormais les industriels à se casser les dents sur cette technologie.

A commencer par Hopium, qui se rêvait en «Tesla de l’hydrogène», avec sa berline made in France. Après avoir frôlé la faillite, la start-up se contentera de fabriquer des piles à combustible pour le transport lourd. Ce n’est pas mieux du côté de Gaussin, une entreprise centenaire qui avait participé au Rallye Dakar avec un camion à hydrogène. Ses projets dans la décarbonation ne l’ont pas aidée à résoudre ses difficultés, et la société spécialisée dans les engins de manutention a dû être liquidée fin 2024. Quant à Safra, le constructeur de bus à Albi (Tarn), leader sur l’hydrogène pour ce type de transport, il a été placé en redressement judiciaire en février.

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