
Ce vendredi 21 mars, c'est opération séduction au centre commercial Westfield Rosny 2 (93), avec la visite de Laurence des Cars, la directrice du musée du Louvre, et de Rachida Dati, Ministre de la Culture, pour l'inauguration d'une exposition hors les murs, baptisée Le Louvre au Centre. Pourtant, à quelques mètres de là, un autre monument du patrimoine français est en péril, avec la fermeture annoncée des Galeries Lafayette, au sein de ce même centre commercial, d'ici fin 2025.
Les salariés du grand magasin, mis au courant du projet d'abaisser le rideau depuis le 11 mars, lors d'un CSE extraordinaire, lancent un appel au secours, «une bouteille à la mer» , selon leurs propres termes. Si leur propriétaire actuel, Hermione Retail, aux mains de l'homme d'affaires Michel Ohayon, semble déterminé à arrêter les frais, les représentants du personnel veulent croire que tout n'est pas joué.
Des comptes dans le rouge, un propriétaire sulfureux et un bailleur devenu trop gourmand
Certes, le point de vente de Rosny 2, cédé en 2021 au sulfureux homme d'affaires bordelais par le groupe Galeries Lafayette, est dans le rouge depuis des années. Ses équipes ont d'ailleurs bien conscience de cette «épée de Damoclès qui menace les emplois». Mais les salariés regrettent que le blocage des négociations sur le loyer, engagées avec leur bailleur Unibail Rodamco Westfield (URW), précipite la fermeture. Aux représentants du personnel, la direction d'Hermione Retail dans laquelle est rangée l'entité TPR (qui compte les magasins Galeries Lafayette de Tours, Pau et Rosny) a présenté le bailleur comme accélérateur du projet de fermeture, se basant sur un «taux d'effort devenu trop important», entendez le rapport entre le chiffre d'affaires réalisé par le magasin et le loyer qui lui est demandé.
Contactée, la direction d'Hermione Retail n'a pas souhaité s'exprimer. Mais l'agacement de son bailleur n'est pas très étonnant. Placée en procédure de sauvegarde pendant des mois, avec d'autres affaires de Michel Ohayon, TPR a bénéficié du gel de ses créances et n'a probablement payé aucun loyer pendant une longue période. Ajoutons à cela qu'au terme de la procédure, le plan validé par le tribunal de commerce de Bordeaux a consisté à effacer 70% des créances et à étaler sur dix ans les 30% restants… Autant dire que Unibail a dû en être pour ses frais. «Notre bailleur fait partie des créanciers qui ont fait la tête», admettent les représentants du personnel.
Il pleut dans le magasin, une partie du plafond de l'entrée du personnel s'est écroulée et notre bailleur ne fait rien, mais demande une sévère augmentation du loyer.
Chaque jour, les salariés font déjà les frais des relations tendues entre les équipes de Michel Ohayon et Unibail. «On trouve ça un peu scandaleux, car les prestations ne sont pas du tout à la hauteur -notre climatisation ne fonctionne pas, le bâtiment n'est pas étanche, il pleut souvent dans le magasin et une partie du plafond de l'entrée du personnel s'est écroulée- notre bailleur ne fait rien, mais demande une sévère augmentation du loyer», s'agacent-ils.
Interrogé, Unibail estime que le problème est d'abord lié aux performances du magasin, dont le chiffre d'affaires est en baisse depuis bientôt dix ans. «Contrairement à la plupart des autres enseignes du centre Westfield Rosny 2, le magasin Galeries Lafayette n’a jamais retrouvé son niveau d’activité d’avant COVID», fait valoir un porte-parole de URW. Le propriétaire de Rosny 2 précise par ailleurs être «pleinement mobilisé pour accompagner les salariés dans cette période difficile et les aider à trouver des solutions de reclassement au sein des autres enseignes du centre».
L'exemple du sauvetage annoncé des Galeries Lafayette de Pau comme espoir
Les emplois en jeu sont conséquents. Étalé sur deux niveaux, le grand magasin de Rosny 2 compte une centaine de salariés. Des emplois directs auxquels il faut ajouter la cinquantaine de démonstrateurs qui officient dans les corners des marques. Tous veulent croire qu'un avenir hors du centre commercial est possible. Leurs cousins des Galeries Lafayette de Pau ne viennent-ils pas d'être sauvés par François Bayrou, le maire de la ville, récemment devenu Premier Ministre?
Alors que le magasin fanait dans un petit centre commercial moribond, après un incendie ayant ravagé le bâtiment historique du centre-ville, Michel Ohayon avait, là aussi, prévu sa fermeture. Mais l'appel des salariés au monde politique semble avoir payé. Fin janvier, la mairie a voté un budget de 25 millions pour rénover à sa charge le bâtiment, en vue d'y réinstaller les Galeries Lafayette fin 2027. En Seine-Saint-Denis, les salariés cherchent à leur tour l'édile qui, pour redynamiser son centre-ville, voudra parier sur l'installation de ce monument du patrimoine français en péril, et sauver 150 emplois. Pendant ce temps à Rosny 2, le projet serait de remplacer les Galeries Lafayette par une enseigne de fast fashion britannique…

















