
Dans les états-majors comme dans les services administratifs, l’intelligence artificielle est déjà à l’œuvre, qu’il s’agisse de drones, de robots ou d’outils d’analyse. Restait à franchir un cap : exploiter les grands modèles de langage (LLM) capables de comprendre et de générer du texte. Hors de question toutefois de s’appuyer sur des solutions ouvertes comme ChatGPT, développée par OpenAI, ou d’autres logiciels accessibles au grand public. Trop risqué pour des informations classifiées. La riposte a pris la forme de GenIAl. intradef, une interface opérationnelle depuis décembre 2024, exclusivement hébergée sur les serveurs ministériels et accessible via un réseau interne filtré.
Comme l'explique un article du Parisien, l'objectif de cet outil interne est d'offrir des performances comparables aux outils du marché tout en gardant la maîtrise des données. «Tout le défi technique était de fournir les mêmes fonctionnalités avec un niveau équivalent de performance et une expérience utilisateur (UX) déjà éprouvée par d’autres outils bien connus», récapitule Guillaume Vimont, responsable du centre d’expertise IA du Secrétariat général pour l’administration. «Nous prenons le modèle d’IA en open source à l’état de l’art du moment et nous l’entraînons sur des données propres aux armées», précise ce docteur en informatique, à la tête d’une équipe d’une quinzaine d’ingénieurs, renforcée grâce au programme Civils de la Défense. En ligne de mire : contrer le «Shadow IA», c’est-à-dire l’utilisation d’IA sans supervision hiérarchique ni validation cybersécuritaire.
Déjà 45 000 utilisateurs sur 300 000 agents
L’application embarque un «agent conversationnel» pour rédiger notes et réponses, un «synthétiseur» pour extraire l’essentiel d’un document, un traducteur plurilingue, un module de retranscription automatique et un générateur d’images. Les requêtes sont vérifiées à l’entrée comme à la sortie, et les images filigranées pour garantir leur traçabilité. Adoptée par 45 000 utilisateurs mensuels réguliers sur 300 000 agents, la solution séduit surtout les fonctions administratives. «Il y a ceux qui sont enthousiastes, voire trop optimistes, et ceux qui l’ont rejeté après un essai infructueux», observe Yasmine, data scientist. Le commissaire en chef de 2e classe Pierre-Michel évoque un gain «énorme», ramenant à cinq minutes un travail qui prenait deux heures. Mais «la confiance n’exclut pas le contrôle», rappelle-t-il. Même prudence pour la contrôleuse des armées Martine Balland : «Il n’y a pas le droit à l’erreur sur nos sujets stratégiques.» L’IA, dit-elle, reste «un bon sparring-partner», jamais un substitut à l’expertise humaine.



















