
Même si le premier exemplaire du programme Barracuda, le Suffren, est entré en service en juin 2022, anticiper sa relève se chiffre à quelques décennies. Comme le relaie le site d'informations actu.fr, Vincent Martinot-Lagarde, actuel directeur des bâtiments de surface chez Naval Group et ancien directeur du programme Barracuda, se souvient : «Quand j’ai commencé à travailler en 1991, quelqu’un dans le bureau d’en face s’occupait déjà du futur sous-marin d’attaque». Une planification à long terme, donc, révélatrice de la complexité de ces programmes dont la durée de vie s’étend sur 80 ans et nécessite de préparer la transition bien avant le retrait du Suffren, prévu dans un peu plus de trente ans.
Le programme Barracuda prévoit six sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de deuxième génération. Trois sont déjà livrés à la Marine nationale (le Suffren, le Duguay-Trouin et le Tourville) et trois sont en construction à Cherbourg : le De Grasse, le Rubis et le Casabianca. La Direction générale de l’armement (DGA) confirme que «les réflexions sur la suite du programme sont initiées, un des rôles de la DGA étant d’anticiper les menaces futures et d’orienter les feuilles de route technologiques, dans un contexte international et industriel particulièrement concurrentiel». Selon elle, «ces initiatives permettent d’explorer les ruptures technologiques (...) permettant de maintenir la souveraineté et l’excellence technologique de la France».
Anticiper pour sécuriser la relève
Cette démarche proactive a plusieurs objectifs. Premièrement, garantir les capacités militaires : depuis 2022, la classe Suffren remplace progressivement la classe Rubis, dont le retrait complet est prévu en 2027, et le Casabianca sera livré en 2029. La planification du futur programme SNA 3G est également cruciale pour éviter un passage de relais prolongé, à l’image de ce qui se prépare pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins avec le remplacement de la classe Le Triomphant dès 2037.
Deuxièmement, prévenir un creux technologique. Même si les derniers Barracuda bénéficieront d’améliorations, la fin de leur carrière pourrait laisser un vide en termes de capacités et de maintenance, avec un risque de déclassement de la flotte. Troisièmement, anticiper la complexité de la gestation d’un tel programme : le Barracuda, lancé en 1996 sous le nom de projet Smaf, n’a vu son premier navire intégrer la Marine nationale qu’en 2022.
Enfin, préserver le savoir-faire industriel : à Cherbourg, la fin du programme SNLE de deuxième génération avait entraîné des départs et fragilisé certaines compétences. Pour éviter ce type de rupture et maintenir l'expertise, Naval Group a mis en place depuis 2018 une démarche de «passeurs de savoir». Le coût représente aussi un enjeu majeur. Le programme Barracuda s’élève à environ dix milliards d’euros, et la future génération, avec ses sauts technologiques, pourrait coûter davantage.



















